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Covid 19 et enseignement supérieur : une étude européenne analyse comment l’urgence peut accélérer le processus de transformation numérique

Le changement prend généralement du temps, mais en temps de crise, il est difficile d’avoir le temps et il devient nécessaire d’intervenir rapidement. C’est ce qui s’est passé lors de la première période de confinement lié à la pandémie Covid-19 en 2020 : les universités et grandes écoles, par exemple, ont dû rapidement adopter ou renforcer des méthodes d’enseignement à distance, dont de nombreux indices laissent penser qu’il s’agit du début d’une transformation structurelle lourde du secteur de l’enseignement supérieur.

Dans le cadre d’une nouvelle étude, des chercheurs au Danemark, en France et en Italie ont examiné la manière dont le « confinement forcé » a conduit à mettre en place ou à renforcer certaines nouvelles pratiques – liées par exemple au télétravail et l’enseignement en ligne. L’étude permet également aux entreprises d’autres secteurs de mieux comprendre et anticiper les enjeux de management du changement auxquels la crise actuelle les expose.

Les recherches ont été réalisées par Andrea Carugati, professeur à la School of Business and Social Sciences de l’Université d’Aarhus, au Danemark, Loïc Plé et Antonio Giangreco, professeurs à l’IÉSEG School of Management, Marion Lauwers, professeur à l’Université Catholique de Lille, et par Lapo Mola, professeur à SKEMA Business School et l’Université de Vérone, Italie.

Dans leur étude « Exploitation and exploration of IT in times of pandemic: from dealing with emergency to institutionalising crisis practices » (publié dans le European Journal of Information Systems), les chercheurs ont analysé comment trois institutions d’enseignement supérieur, situées en Italie, en France et au Danemark, ont réagi à la crise de COVID-19. Ces trois pays se classent respectivement à la 25ème, 15ème et 3ème place dans l’indice de l’économie et de la société numériques (Commission européenne, 2020), ce qui permet de généraliser leurs résultats. Les trois pays ont également connu des niveaux différents d’infection par la COVID-19 (en terme de prévalence dans la population et de taux de mortalité).

L’étude a analysé comment les institutions se sont adaptées à l’urgence de manière assez similaire. Elle a permis de démontrer l’existence d’un processus de changement divisé en cinq phases, et fonctionnant à deux niveaux différents et complémentaires : l’un individuel et l’autre organisationnel.

Loïc Plé

« L’analyse des données a montré que les trois institutions ont réagi de manière similaire. Dans les trois cas, les technologies de l’information ont été un outil central de réponse à la crise du Covid. Mais c’est la mise en place par les institutions de règles claires et d’un soutien fort à leur utilisation qui ont joué un rôle clé dans leur adoption par les individus, » explique Loic Plé.

Les trois institutions étudiées sont toutes passées par les mêmes cinq étapes du processus de changement: survie, socialisation, normalisation, réflexion stratégique (pour préparer l’après-crise) et, enfin, institutionnalisation des pratiques qui ont émergé pendant la crise. Les auteurs ont observé que les individus et les organisations s’adaptent progressivement aux nouvelles exigences dictées par la crise mais avec des attitudes différentes selon les phases.

antonio-giangreco

Antonio Giangreco

« La connaissance du processus d’adaptation à la crise et de ses phases peut donc permettre aux managers et responsables d’anticiper les différentes phases ou d’identifier dans quelle phase se trouve l’organisation. Cela leur permet ainsi de prévoir les actions stratégiques les plus appropriées, » explique Antonio Giangreco, professeur à l’IÉSEG, et expert en management de changement.

« L’urgence que nous connaissons actuellement peut nous permettre d’accélérer le processus de transformation numérique en tirant parti des enseignements de nos expériences », ajoute Antonio Giangreco. Face à une crise comme celle que nous traversons, des changements importants, structurels d’utilisation des technologies et des pratiques de travail sont survenus et vont se poursuivre. Qu’il s’agisse du développement du télétravail ou d’un retour au bureau, les outils informatiques utilisés ont changé durant la période du Covid, et cela a eu un impact sur la manière dont les gens travaillent ou échangent entre eux.

Il s’agit de tendances de fond, auxquelles les managers doivent prêter une attention particulière en associant leurs collaborateurs aux changements que cela a déjà généré, et générera encore. Ainsi, les chercheurs conseillent aux managers d’adopter une « écoute active » et de privilégier un management participatif du changement pour accroître l’engagement individuel. Cela favorisera l’appropriation par leurs collaborateurs des nouveaux outils, et aidera au développement de pratiques de travail plus efficaces car centrées sur l’utilisation réelle des outils par les personnes de terrain.