[Faculty in the Spotlight] Hayley Walker, professeure de négociations environnementales internationales
Ce mois-ci, rencontre avec Hayley Walker, professeur de négociations environnementales internationales, sur le campus de Lille, depuis 2021.
Chaque année, plus de 600 professeurs-chercheurs des campus de Lille et Paris-La Défense de l’IÉSEG contribuent aux parcours d’apprentissage des étudiants, renforçant leurs chances d’atteindre leurs objectifs professionnels et de s’épanouir dans leur carrière.
« Faculty in the Spotlight » est le rendez-vous mensuel qui met en lumière les professeurs de l’IÉSEG : leur parcours, leurs cours, leur engagement à l’IÉSEG, des anecdotes amusantes etc…
Hayley, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Je viens du Royaume-Uni. J’ai obtenu un Bachelor en Littérature et Linguistique françaises à l’Université d’Oxford. J’ai passé la majeure partie de ma vingtaine à voyager dans le monde et à enseigner l’anglais langue étrangère. J’ai commencé à enseigner dès la fin de mes études dans différents lieux : La Réunion, le Vanuatu, la Thaïlande, le Chili et le Niger, avant de m’installer en Belgique en 2015 pour y poursuivre un Master en Études Européennes ainsi qu’un Doctorat. Puis j’ai rejoint l’IÉSEG en 2021.
Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de devenir professeure ?
Je savais déjà que j’aimais enseigner grâce à mon expérience en tant qu’enseignante en anglais langue étrangère, mais ce n’était pas un projet de carrière clairement défini au départ. En terminant mon doctorat, j’ai vu une opportunité à l’IÉSEG, et cela a immédiatement fait sens pour moi car j’adore à la fois la recherche et l’enseignement. Pouvoir combiner les deux aspects était très attrayant, et je suis très heureuse d’avoir fait le choix de rejoindre l’École !
Qu’enseignez-vous à l’IÉSEG ?
Mes enseignements et ma recherche portent sur les négociations environnementales internationales. L’exemple le plus connu est celui des COP (Conférence des Parties) sur le changement climatique organisées par l’ONU. J’ai étudié et participé à ces COP dans le cadre de mon doctorat. Il existe aujourd’hui un nouveau traité international en cours de négociation à l’ONU visant à lutter contre la pollution plastique. Je participe à ce processus en tant que conseillère pour la délégation belge sur les questions procédurales, et c’est sur cette expérience que je base une grande partie de mes cours.
J’enseigne plusieurs cours dans le Programme Grande École : Negociating International Political Agreements au cycle Bachelor, et Diplomatic Negotiation and Sustainable Development au cycle Master. J’ai conçu ces deux cours à partir de mes expériences de terrain, en particulier lors des conférences environnementales de l’ONU. Les cours aboutissent à un exercice de négociation d’une durée de huit heures durant lequel les étudiants incarnent un délégué gouvernemental et tentent de négocier un traité mondial sur la pollution plastique. Cela leur offre une perspective vraiment nouvelle, très immersive et exigeante.
J’enseigne également un cours sur les institutions, partenariats et grands enjeux mondiaux dans le Master in Management for Sustainability, afin d’expliquer le fonctionnement des institutions environnementales internationales et le rôle des entreprises, organisations et autres acteurs non étatiques.
J’interviens aussi sur un cours d’introduction à la négociation commerciale dans le cycle Bachelor du Programme Grande École et le MBA. Ce sont des cours d’initiation, mais j’aime beaucoup les enseigner car on part d’une page blanche, et les progrès des étudiants sont très rapides.
Pouvez-vous nous en dire plus sur vos méthodes d’enseignement ?
Pour l’exercice de simulation que j’ai évoqué, je commence par présenter les négociations diplomatiques et la problématique de la pollution plastique. Les étudiants incarnent ensuite des négociateurs gouvernementaux. Leur première mission est de définir leur position et une stratégie de négociation selon le rôle qui leur est attribué. Je leur fournis des instructions spécifiques pour les aider à comprendre les intérêts de leur pays dans la négociation. Je leur transmets une version préliminaire du traité, basée sur le véritable document actuellement en cours de discussion entre les gouvernements. Ils apprennent ainsi à modifier ce texte, exactement comme le feraient de vrais négociateurs.
Je les incite à réfléchir aux priorités, aux compromis possibles, aux alliances — quels pays partagent leurs intérêts, avec lesquels ils pourraient collaborer, lesquels ils doivent convaincre — ainsi qu’aux arguments pour défendre leurs positions.
Comment vos cours autour des négociations environnementales internationales a-t-il évolué avec le temps ?
J’utilise le traité sur la pollution plastique depuis quelques années déjà, et les cours évoluent en temps réel avec la négociation du traité. Le cas d’étude est toujours d’actualité.
Lors des deux dernières sessions, les gouvernements étaient censés adopter le traité… mais ont échoué. À chaque retour de conférence, je mets à jour mes supports, le texte de négociation, et lorsqu’il y a un changement, par exemple, d’administration aux États-Unis, j’adapte les notes informationnelles pour refléter la nouvelle politique.
Quand j’ai commencé à enseigner ce cours, le processus n’en était qu’à ses débuts et le texte ne contenait pas grand-chose. Le cours s’est donc enrichi en même temps que les négociations réelles.
Quelles autres méthodes d’enseignement utilisez-vous ?
Dans le Master Management for Sustainability, je crée des exercices qui permettent aux étudiants de penser et agir comme des praticiens. Nomtre d’entre eux deviennent responsables ou consultants en durabilité à la suite de leur études. Pour leur travail final, je leur demande d’endosser le rôle d’un responsable développement durable et de rédiger un rapport à destination du PDG de leur entreprise décrivant les objectifs et stratégies pour participer à la prochaine COP.
Mon expérience des négociations climatiques et mon vaste réseau — négociateurs gouvernementaux, institutions onusiennes — enrichissent considérablement la préparation de mes cours.
Qu’appréciez-vous dans le fait d’être professeure à l’IÉSEG ?
Il est essentiel pour moi de travailler dans un lieu qui reflète mes valeurs, et je trouve la Vision de l’IÉSEG très inspirante. Je vois le potentiel des étudiants à réellement changer les choses.
Les processus politiques sont souvent bloqués, tandis que le secteur privé est aujourd’hui le lieu où émergent les initiatives les plus inspirantes. J’estime donc avoir plus d’impact à l’IÉSEG que dans une faculté de sciences politiques.
J’ai le sentiment de faire partie d’une communauté engagée en faveur d’un changement positif dans la société. Je ne pourrais pas me lever chaque matin pour aller travailler si je ne ressentais pas cela. Et sur un plan plus personnel, mes collègues et mes étudiants sont formidables ; c’est un environnement de travail solidaire.
En quoi votre parcours international bénéficie-t-il à l’École ?
Pour une professeure de négociation internationale, je pense qu’un parcours international est indispensable. Nous avons déjà parlé des négociations onusiennes et de la manière dont mon expérience diplomatique nourrit mes cours. Mais même dans les cours de négociation plus généraux, la dimension culturelle est centrale. J’ai voyagé dans plus de 50 pays et vécu dans sept ou huit d’entre eux — cela m’est très utile.
Lorsque j’enseigne des négociations politiques internationales à des classes remplies d’étudiants du monde entier, c’est une véritable richesse. Dans le cours Negotiating International Political Agreements, il y a toujours de nombreux étudiants en échange, ce qui apporte un niveau supplémentaire d’authenticité.
Avez-vous observé des évolutions à l’École depuis votre arrivée ?
Je suis coordinatrice Développement durable pour mon département (Négociation et Résolution de Conflits). Même avant mon arrivée, j’avais été impressionnée par la manière dont l’École prenait le développement durable au sérieux — c’est d’ailleurs l’une des raisons principales pour lesquelles j’ai voulu la rejoindre. Depuis, les choses ne cessent de progresser : la durabilité est désormais intégrée dans tous les départements, tous les cours, et même au sein des services administratifs.