Retour

[Faculty in the Spotlight] Rodrigo KAMBAYASHI, professeur en RSE et innovation sociale

Au cœur de l’expérience IÉSEG, les professeurs inspirent et accompagnent des centaines d’étudiants chaque année vers leur futur professionnel. Chaque mois, nous donnons la parole à l’un d’entre eux pour découvrir son parcours, sa vision, ses méthodes pédagogiques et ce qui l’anime au quotidien. Découvrez l’interview de Rodrigo KAMBAYASHI, professeur de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) et Innovation Sociale, sur le campus de Paris, depuis 2017.

Rodrigo, pouvez-vous nous raconter votre parcours avant d’arriver à l’IÉSEG ?

J’ai obtenu un diplôme de mathématiques appliquées au Mexique, puis j’ai travaillé en tant qu’analyste, avant de devenir consultant en stratégie. Les questions organisationnelles et éthiques m’ont rattrapé. À la suite d’une expérience professionnelle difficile — une de celles qui vous forcent à regarder les choses en face — j’ai voulu comprendre pourquoi les dirigeants prennent des décisions non éthiques, même quand ils ont pleine conscience de ses conséquences. Cette question m’a amené en France en 2009, où j’ai suivi un master en sociologie des organisations, puis un autre en recherche des organisations et finalement un doctorat en économie sociologique. Mais derrière tout ça, il y avait une quête plus profonde : comprendre comment les humains se transforment, et comment les organisations peuvent contribuer au bien commun plutôt que de le détruire..

Comment êtes-vous devenu professeur à l’IÉSEG ?

J’ai rejoint l’IÉSEG en 2017, avec un profil un peu atypique : je faisais mon doctorat, je lançais mes premières entreprises en France, et j’accompagnais des organisations en transformation. L’École a vu quelque chose dans ce mélange de RSE, d’entrepreneuriat et de leadership vécu, pas seulement étudié.

Mais ce qui m’a vraiment décidé à enseigner, c’est quelque chose que je ne savais pas nommer à l’époque : l’énergie d’une salle quand quelqu’un comprend quelque chose pour la première fois. Ce moment où un étudiant passe de “je ne comprends pas” à “je vois”. Pour moi, c’est tout. Ce n’est pas une métaphore, c’est littéralement ce pour quoi je me lève le matin.

Ce qui m’émeut le plus, ce sont les étudiants à l’Incubateur qui arrivent avec une petite idée, parfois une voix hésitante, et quelques mois plus tard, ils défendent leur projet avec une clarté et une audace qui m’impressionnent. On a l’impression de voir deux personnes différentes. En réalité, c’est la même personne mais enfin libérée. C’est génial !

Quels types de cours enseignez-vous à l’IÉSEG ?

J’interviens à tous les niveaux : première année, troisième année, master, Executive, sur des thèmes comme l’innovation sociale, le design thinking, l’entrepreneuriat et l’IA. Mon approche est interdisciplinaire, et multiculturel, ce qui reflète mon propre parcours entre maths, sociologie et économie.

Dans le cours “AI & Innovation”, je commence par… des LEGO et des post-its. Pas parce que c’est amusant (même si ça l’est) mais surtout parce que si vous ne vous connaissez pas vous-même, l’IA va amplifier vos angles morts. L’intelligence artificielle est un miroir. Elle agit comme un amplificateur de ce que l’on est. Donc avant d’apprendre à coder un prompt, j’aide les étudiants à comprendre qui ils sont.

Le cours de Business Ethics, lui, est au fond un cours de philosophie pratique. La question centrale n’est pas “qu’est-ce qui est légal ?” mais “qui est-ce que je veux devenir si je prends cette décision ?” C’est une question de conscience, pas de conformité. C’est particulièrement intéressant car une fois que l’on a pris conscience de nos limitations et de nos biais, on peut faire beaucoup plus de choses

Quelles méthodes pédagogiques utilisez-vous ?

J’utilise toutes sortes d’idées créatives pour que le cours soit vivant, comme les jeux de rôle, la simulation, la gamification. J’utilise tout ce qui fait vivre un cours. Ma règle d’or vient de l’impro : le “oui, et…” qui consiste à ne jamais étouffer une idée, toujours l’amplifier. Parce que la créativité ne survit pas à la peur du ridicule. En tant que professeur, nous devons créer les conditions nécessaires pour que nos étudiants aient envie de nous écouter, de participer activement, d’apprendre. Les informations, ils peuvent les avoir rapidement sur internet. Ce qui compte, c’est le cadre que l’on donne pour que cette information soit absorbée et transformée en décisions positives. Mon rôle, c’est de créer un espace où l’information se transforme en quelque chose de vivant, de personnel et d’actionnable.

Dans un cours de management sur l’impact environnemental, j’ai mis en place un “food lab”. Nos choix ont un impact donc, on a exploré la psychologie de la consommation, nos contradictions, nos résistances en goûtant des insectes. Parce que comprendre pourquoi on ne change pas, c’est la première étape pour changer vraiment…

Comment créez-vous du lien avec les étudiants ?

Je tutoie tout le monde. Pas pour être « cool » mais pour supprimer la distance qui empêche la vraie conversation. La relation avec les étudiants est très importante si l’on veut qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes en classe.

Je travaille beaucoup sur l’échec et l’empathie. En France, on a longtemps diabolisé l’échec, alors que c’est la matière première de tout apprentissage réel. Parfois, j’arrive en cours avec un déguisement, un micro, et je commence par raconter mes propres échecs devant tout le monde. Non pas pour choquer mais pour montrer que rien de grave ne se passe quand on est vulnérable. Et quand les étudiants voient ça, quelque chose se débloque.

Enfin, mes étudiants peuvent venir me voir à la fin du cours autant qu’ils le souhaitent, s’ils ont besoin de parler avec moi, même d’un sujet personnel. Parce que souvent, ce qui bloque un étudiant en cours, ce n’est pas la matière en soi. C’est autre chose. Et parfois, il suffit de quelques minutes d’écoute pour que tout redémarre.

La Vision de l’IÉSEG résonne-t-elle avec vote approche ?

Complètement ! Profondément. Parce que ce qui me motive, au fond, c’est la quête de sens. Pas la mienne, celle de mes étudiants. Aider quelqu’un à comprendre qui il est, ce qu’il veut vraiment, et comment il peut avoir un impact positif sur le monde tout en construisant une carrière avec du sens, c’est peut-être la chose la plus utile qu’un professeur puisse faire aujourd’hui. L’IÉSEG croit en ça. Et moi aussi.