Gauthier Cosyns : arbitre de basket et étudiant sportif de haut niveau à l’IÉSEG
Étudiant en 3e année du Programme Grande École à l’IÉSEG, Gauthier COSYNS, jongle entre ses cours et sa passion pour l’arbitrage de basket. Arbitre en régional 1 et National jeunes, il fait partie du « groupe potentiel » de la Ligue Hauts-de-France, un programme d’élite qui forme les futurs arbitres de haut niveau. Rencontre avec Gauthier qui nous parle de ses débuts en tant qu’arbitre et son évolution jusqu’à aujourd’hui.
Comment es-tu devenu arbitre de basket ?
J’ai commencé à jouer au basket à l’âge de 6 ans. Il manquait d’arbitres bénévoles dans mon club, donc j’ai pris le sifflet pour donner un coup de main sur les matchs jeunes. Cela m’a tout de suite plu et j’ai voulu devenir officiel dès l’âge de 12 ans. Petit à petit, j’ai gravi les échelons. Je suis arrivé en région il y a 4 ans : régional 3, régional 2, et maintenant je suis régional 1 et j’arbitre en championnat de France jeunes.

Tu fais partie du “groupe potentiel” de la Ligue Hauts-de-France. En quoi cela consiste ?
C’est une sélection de 12 jeunes de moins de 30 ans qui suivent une formation intensive pour atteindre le haut niveau rapidement. On a beaucoup d’observations vidéo, des formations le lundi soir, à la fois sur le terrain et en vidéo. On a aussi des QCM mensuels portant essentiellement sur le code du jeu, on est classés et notés.
On pense souvent que les arbitres connaissent toutes les règles du jeu par cœur, mais il y a tellement de règles spécifique ! Le règlement fait 150 pages et il y a un document d’interprétation qui fait aussi 150 pages, donc on fouille souvent dedans pour trouver les réponses.
L’objectif de cette formation sur 3 ans maximum, c’est d’atteindre le niveau national à court/moyen terme, et d’avoir les outils pour atteindre le haut niveau à long terme.
Comment comprendre les différents niveaux d’arbitrage ?
Il y a d’abord le niveau départemental divisé en plusieurs sections (3, 2, 1). Ensuite on passe à régional 3, régional 2, régional 1, puis national 3, 2, 1. Après ça, c’est l’Elite 2- l’équivalent de la Ligue 2 au foot – et Betclic Élite, l’équivalent de la Ligue 1 au foot, ça c’est le top du top !
Actuellement, je suis régional 1 et national jeunes (jusqu’à 18 ans). Le régional 1, ce sont des adultes seniors à partir de 18 ans, c’est la 6e division en France.
Qu’est-ce qui te plaît particulièrement dans le fait d’être arbitre plutôt que joueur ?
C’est être au cœur du jeu et avoir un rôle impactant, permettre que le jeu se déroule de la bonne manière. C’est une vision totalement différente du basket, mais tout aussi intéressante. Et ça demande un réel investissement, autant voire même plus que d’être joueur.
C’est une prise de responsabilité parfois difficile, surtout quand on commence jeune. On est au cœur du jeu et exposé à des contradictions sur nos décisions de la part de tout le monde : joueurs, coachs, parents dans les tribunes… Il faut savoir se faire respecter et assumer ses décisions.

C’est un peu comme du développement personnel finalement ?
Complètement ! Au sein de l’arbitrage, on dit que c’est comme une école de la vie. Ça permet de prendre confiance en soi. On prend des décisions qu’il faut assumer face à des adultes, des personnes beaucoup plus expérimentées. Il faut prendre ses responsabilités. On est formés sur la gestion du stress, la gestion des joueurs, comment gérer les incivilités, les émotions… Cela apporte de l’expérience pour savoir manager tout cela en gardant son sang-froid. Ce n’est pas toujours facile !
Et tu as vécu des situations difficiles à gérer sur le terrain…
Oui, malheureusement, chaque week-end on fait face aux incivilités, que ce soit dans les tribunes ou sur le terrain. On se fait critiquer, il faut savoir passer outre.
L’événement le plus dur et le plus marquant, c’était quand j’avais 13 ans. Je me suis fait crier dessus et insulter à la fin du match par un coach. Il a même voulu se battre avec le coach adverse. J’étais rentré à la maison avec l’envie de tout arrêter, mais mes parents ont su me relever et me pousser à continuer.
Quand on est jeune, ce n’est pas facile parce qu’on est toujours impressionné par les adultes. Maintenant j’ai un peu plus de recul et d’expérience pour faire face à ce genre de situation. J’essaie d’être dans l’échange et de rester calme tout au long de la rencontre. Mais étant jeune pour le niveau où je suis, il faut aussi se faire respecter. C’est un mix entre l’échange, la discussion, mais aussi savoir s’imposer.
A quoi ressemble ton rythme d’activités en tant qu’arbitre ?
C’est généralement tous les week-ends hors vacances scolaires. J’arbitre entre 3 à 4 matchs par week-end, parfois aussi en semaine. Mes week-ends sont totalement dédiés au basket, donc je ne peux pas travailler le week-end ou me dédier à d’autres activités. Le but, c’est de s’organiser pour prendre de l’avance en semaine. Parfois c’est compliqué, mais le statut sportif de haut niveau de l’IÉSEG me permet maintenant d’avoir un peu plus de flexibilité !

L’arbitrage, c’est aussi physique ?
Oui, complètement ! On est testés physiquement avec des tests deux fois par saison – c’est le test Luc Léger avec différents paliers. Il faut atteindre le palier 10. On n’a pas le droit au remplacement pendant les matchs, contrairement aux joueurs, on doit rester du début jusqu’à la fin.
Je cours beaucoup à côté pour rester en forme. Physiquement, ça va, mais au bout du 4e match du week-end, la charge mentale est élevée. Il faut rester lucide pour juger les situations, sachant que les joueurs, eux, c’est leur premier match du week-end et ils attendent de nous d’être aussi performant que si c’était notre seul match du week-end.
Que t’apporte l’arbitrage dans ta vie ?
Ça permet de gagner en expérience sur des choses qui s’appliquent à la vie réelle. Ça permet aussi de faire plein de rencontres, des amitiés. Je dirais que ça m’a aussi apporté la rigueur, mais surtout la confiance en soi et la gestion des relations humaines. Savoir comment interagir avec des personnes de profils totalement différents, des gens qui sont parfois dans l’émotion, dans l’intensité des matchs.
Et tu as créé une école d’arbitrage dans ton club…
Oui ! Je suis formateur de l’école d’arbitrage que j’ai créée au sein de mon club, qui a été labellisée par le département l’année dernière. On est trois arbitres du club à s’être devenus formateurs. On organise les formations pour les jeunes qui veulent débuter et se lancer dans l’arbitrage.
Quelle est ta vision pour l’avenir ?
L’objectif à court terme, c’est d’atteindre le niveau national. À long terme, monter au plus haut niveau possible ! Si c’est possible, j’aimerais atteindre le niveau professionnel, même si malheureusement, c’est encore trop peu développé. Il n’y a que 8 arbitres professionnels en France depuis le début de saison ! Avant, il n’y en avait pas du tout. Même les arbitres de première division ont un métier à côté, souvent à temps partiel.
A côté, j’aimerais travailler dans l’événementiel ou le sport. L’événementiel sportif, ce serait le rêve : plutôt vers la gestion de projet, la logistique, l’organisation.