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Entre conseil et art : le parcours inspirant d’OVICTY, diplômé de l’IÉSEG et artiste

Diplômé de l’IÉSEG en 2020, Victor MOITY, connu sous le nom d’artiste OVICTY, mène aujourd’hui une vie professionnelle singulière, partagée entre son rôle de consultant en transformation digitale chez Wavestone et une pratique artistique en plein essor.

Skateur, cartographe autodidacte, créateur de collages et explorateur de nouveaux supports, il développe depuis plusieurs années un univers visuel unique, né d’un parcours marqué par une épreuve majeure : une méningite foudroyante à seulement 19 ans, qui l’a plongé une semaine dans le coma et a profondément transformé sa manière de voir la vie.

Entre résilience, curiosité, ambition artistique et sens du projet, OVICTY raconte comment il a trouvé un équilibre entre deux vies, deux rythmes, deux passions – et comment l’IÉSEG a nourri cette capacité à explorer, expérimenter et se réinventer.

“Un Avenir Incertain” (c)Rainbeau Prod / Floriane Stekelorom

En 2013, vous intégrez l’IÉSEG à 18 ans – et vous allez vivre une expérience qui va changer votre vie.

Je suis entré à l’IÉSEG en 2013 sur le campus de Lille. Mon parcours aurait pu être “classique”, mais en début de 2e année, une méningite foudroyante a tout bouleversé. J’ai été sauvé in extremis par ma mère, j’ai passé une semaine dans le coma et il m’a fallu un an pour me rétablir. Cette période a été une véritable deuxième naissance. Elle a façonné ma manière d’être, ma vision de la vie et, plus tard, ma vision artistique.

Ce que je retiens surtout, c’est la capacité d’adaptation de l’IÉSEG. J’ai pu effectuer ma 2e année sur deux ans, l’École a su mettre en place un cadre flexible. J’ai même connu deux promotions différentes, ce qui m’a ouvert à des personnalités et des dynamiques variées.

J’ai toujours aimé créer : bricolage, montage vidéo, un peu de sculpture… Je n’ai jamais creusé un domaine unique, mais j’adorais toucher à tout. C’est aussi quelque chose que l’IÉSEG m’a offert pleinement au niveau académique : j’ai pu découvrir de nombreuses matières, parfois de manière assez rapide à l’occasion d’électifs, souvent très en profondeur lors des cours de tronc commun. Même une simple “première couche” de connaissances est quelque chose de très important, car cela donne souvent l’envie d’y revenir et de creuser le sujet plus en profondeur. Et que ce soit pour ma vie d’artiste ou ma vie professionnelle, c’est quelque chose qui se vérifie à chaque fois : on ne peut pas inventer ce qu’on ne connait pas, mais on peut enrichir des connaissances qu’on a entrevu même de manière rapide.

Comment est née ta démarche artistique ?

Tout a commencé par le skate. J’ai toujours été skateur, j’usais énormément de planches. Et comme j’ai du mal à me débarrasser des choses, au lieu de les jeter, j’ai commencé à dessiner dessus, à la bombe ou avec d’autres techniques, de manière très instinctive. Ensuite, je suis passé au collage, notamment à partir de bandes dessinées. Je suis fan d’Hergé, et pour mes premiers collages j’ai donc utilisé des albums de Tintin. Cela me permettait de couvrir de grandes surfaces et rendre hommage aux artistes que j’admire.

Lors d’un stage à Amsterdam, je suis tombé amoureux de la ville : sa cartographie m’a fasciné, ce mélange entre ville, eaux et verdure, la structure de ses canaux entremêlés. J’ai alors commencé ma première carte, sans savoir que ce serait l’œuvre qui me prendrait le plus de temps : plus de 10 mois ! Je m’étais lancé dans quelque chose qui n’était pas dans mes habitudes et j’ai donc dû créer de nouveaux automatismes. À la fin, j’étais ébloui du résultat. C’était la première fois que j’avais vraiment l’impression de créer une œuvre d’art.

Cela m’a alors donné envie de réaliser une carte de Lille, centrée sur le Quai du Wault, dans un style totalement différent. C’était aussi une œuvre beaucoup plus personnelle, puisque c’est là où j’avais vécu après la méningite, cela m’a permis d’y poser des sentiments profonds. D’autres cartes, dans des styles variés, ont suivi. J’ai alors commencé à les vendre, ce qui a été une étape importante dans ma vie d’artiste.

Comme une œuvre me prend entre 30 et 40 heures, je voulais toucher plus de personnes que le seul acquéreur. Je me suis donc tourné vers le numérique pour transposer mes visuels en affiches et posters et amplifier ma portée. Mais toujours dans la même idée : explorer de nouvelles approches, intégrer de nouvelles techniques, me renouveler constamment.

Pourquoi cumuler une carrière d’artiste et une carrière de consultant ?

Pendant mes années IÉSEG, j’avais intégré la Junior-Entreprise et j’avais beaucoup aimé cette première expérience du conseil. Après un Master en Management des Systèmes d’Information, j’ai rejoint Wavestone, un cabinet spécialisé en transformation digitale. D’abord en stage, puis j’ai été embauché en CDI.

Pendant ce temps, ma pratique artistique prenait de l’ampleur. Mes semaines étaient très denses, et j’étais constamment tiraillé entre l’art, les activités et les proches – un équilibre épuisant. À cela s’ajoutait une forme de « Fear Of Missing Out » permanente. Dès que je choisissais quelque chose, j’avais l’impression d’en sacrifier une autre. Je ne voulais renoncer ni à mes ambitions artistiques, ni à mes proches, et tout devient alors une question de choix.

Après trois ans à temps plein – et après une longue période de réflexion et de doutes, j’ai échangé avec mes responsables et j’ai eu la chance que l’entreprise accepte ma demande de temps partiel. Cela s’est fait facilement, car non seulement j’ai présenté les choses de manière claire et transparente, mais aussi car je me lançais dans une activité artistique non concurrente et, peut-être le plus important, j’avais développé une réelle relation de confiance avec mes managers, en étant toujours très engagé et positif dans mon travail.

J’ai donc commencé par pouvoir consacrer un jour par semaine à l’art, ce fut une véritable bulle d’air. Aujourd’hui, l’entreprise m’a même libéré deux jours par semaine. Durant cette journée, je me mets dans une bulle en me déconnectant du reste pour travailler en étant pleinement concentré.

Quelles compétences communes trouves-tu entre l’art et le conseil ?

Plus qu’on ne l’imagine ! La gestion de projet bien sûr : dans l’art comme dans le conseil, il faut organiser, planifier, structurer. La dimension entrepreneuriale ensuite : créer une œuvre ne suffit pas, il faut un statut, gérer l’administratif, trouver des acheteurs, des événements, mobiliser les réseaux sociaux… Ma pratique est artistique mais j’en pilote les aspects pratiques et stratégiques avec une approche entrepreneuriale. Je veux m’exposer au monde, m’ouvrir à une quête exploratoire pour tenter des choses nouvelles et s’ouvrir aux autres. Plus je développe mon audience, et plus je vais pouvoir toucher des personnes que je n’aurais certainement jamais rencontré si je n’avais pas été artiste, je vais croiser le chemin et toucher des personnes qui vont découvrir par hasard mes œuvres.

Ensuite, la polyvalence : savoir passer d’un sujet à l’autre, prioriser, jongler entre plusieurs activités – ce qu’on vit au quotidien dans le conseil, et que je découvre également dans ma vie d’artiste.
Et, enfin, apprendre dans des environnements inconnus : je n’ai pas de formation artistique, je n’en connaissais ni les codes, ni les réseaux, ni les logiques d’exposition. Comme dans le conseil, quand on arrive dans une entreprise qu’on ne connait pas, il faut oser s’y lancer, suivre ses intuitions, apprendre étape par étape. Cette mentalité me permet de vivre sereinement une vie d’artiste où j’aurais pu avoir ce syndrome de l’imposteur.

Est-ce que l’art t’aide dans ton métier de consultant ?

Oui, énormément. L’art apporte une respiration, une sérénité. J’ai connu des périodes où le moindre retard dans un projet me stressait. Aujourd’hui, le fait d’avoir deux vies professionnelles me permet de prendre du recul et d’être moins avalé par les contraintes et la pression du monde de l’entreprise.
L’art me permet de garder une distance saine, une prise de recul, plus de légèreté. Je suis une éponge émotionnelle : j’absorbe beaucoup, donc cette respiration est essentielle. Je construis ma manière de penser à partir de toutes mes expériences. C’est un tout.

Comment l’IÉSEG a-t-elle contribué à ton épanouissement dans ces deux univers ?

L’IÉSEG m’a appris la curiosité, l’ouverture, la capacité à picorer dans plein de domaines. Chaque matière, chaque électif, chaque projet crée une porte qu’on peut rouvrir plus tard. Et dans l’art, il faut être polyvalent : marketing, négociation, finance, gestion… Sans mécène, on doit tout maîtriser. L’école m’a très bien préparé à cela.

Que représente la vie artistique pour toi au quotidien ?

C’est suivre son instinct. On a tous des rêves, mais la différence entre ceux qui les réalisent et les autres, c’est oser faire ce premier pas, si difficile, et ne pas lâcher dans la durée. Il y aura toujours des périodes de doute, de baisse de motivation, de questionnement, et c’est normal, c’est la vie. Alors dans ces moments-là, je me raccroche à ce qui compte le plus : je me rappelle pourquoi je vis cette vie artistique, pourquoi cette vie me plait tant, ce qu’elle m’apporte au quotidien et comment elle me fait grandir. J’essaie de garder mon âme d’enfant qui me guide au quotidien. Je suis très fier d’avoir cet équilibre.

Aujourd’hui, je suis épanoui dans ce que je fais, ce qui est déjà une énorme chance. C’est un magnifique sujet de rencontre, cela me sort de mon quotidien, qui m’a notamment permis de vivre un très beau projet avec l’IÉSEG, qui me tient énormément à cœur.

Un conseil pour les étudiants ou jeunes diplômés ?

Ouvrez-vous au monde ! En tant qu’artiste, je m’inspire de tout ce que je vois, de ce que je découvre, des personnes que je rencontre. Et j’essaie d’appliquer cette façon de regarder le monde dans ma vie quotidienne aussi : garder l’œil ouvert, rester curieux, m’émerveiller. Grâce à l’IÉSEG, je me suis ouvert à énormément de matières et de connaissances, j’ai rencontré énormément de monde, je me suis créé de nombreuses opportunités. Chaque initiation à un sujet et chaque rencontre crée une connexion dans le cerveau, et chaque connexion vous ouvre une porte sur le monde.

Ensuite, osez vous lancer ! Rien n’existe sans un premier pas. Toutes les œuvres, tous les projets, toutes les entreprises ont commencé par une petite action. C’est la récurrence, le fait de revenir jour après jour, qui transforme ces premiers gestes en quelque chose de réel. Si vous rêvez d’être artiste : souvenez-vous qu’il y a l’art… mais aussi la réalité. Sans visibilité, sans compétences business, on ne peut pas vivre. Même un artiste se doit de maîtriser des sujets aussi variés que le Marketing, la Finance, la Négociation Commerciale… L’IÉSEG est un formidable terrain pour développer ces compétences.

Une carte originale pour symboliser la singularité de l’IÉSEG « 1 École – 2 campus »

L’IÉSEG a sollicité Ovicty, diplômé de l’École, pour réaliser une œuvre artistique originale : concevoir une carte fusionnant les environnements de ses deux campus, Lille et Paris-La Défense, pour symboliser sa singularité : « 1 école, 2 campus ». Ce projet a pris la forme d’une affiche haut de gamme, imprimée en série limitée (200 exemplaires, signés et numérotés), à destination des partenaires de l’École.

« Quand l’École m’a sollicité, j’ai immédiatement vu l’opportunité de créer un objet premium, qui incarne à la fois l’identité de l’IÉSEG et mon univers créatif. Dès les premiers échanges, nous avons réfléchi à une affiche conçue comme une cartographie artistique : représenter les deux campus sur un même visuel, dans un jeu de superpositions et de symboles, pour mettre en lumière la dimension unique de l’École.

Pour cette création, ma volonté était de proposer une composition dense mais aérée, mêlant formes géométriques, courbes, silhouettes stylisées et références aux deux villes. Lille et Paris sont illustrées à travers leurs monuments emblématiques : la Grand-Place, le Palais de la Bourse, Notre-Dame de la Treille, les bâtiments du campus lillois ; la Tour Eiffel, l’Arche de La Défense, l’Arc de Triomphe, et le campus parisien. Les pictos symbolisant les valeurs de l’École y sont aussi cachés. Enfin, la palette chromatique oppose le jaune pour Lille au bleu pour Paris (les couleurs du logo de l’École), soulignant la dualité et la complémentarité des deux environnements.

La création de cette cartographie, imprimée sur un papier d’exception, m’a permis de retranscrire l’énergie, la diversité et la créativité qui caractérisent l’IÉSEG. J’ai cherché à concilier rigueur académique et liberté créative pour aboutir à une œuvre profonde, vivante et fidèle à l’esprit de l’École.

Cette création reflète le bouillonnement d’idées, la diversité des talents et l’énergie partagée par toute la communauté de l’École. »