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« 1560 Reasons »… de courir 1560 km entre Madrid et Paris pour prouver que le diabète n’impose aucune limite

À 5 ans, Arthur Barbotin découvre qu’il est diabétique de type 1. Très tôt, il apprend à vivre avec une contrainte quotidienne qui façonne son rapport au sport et à la discipline. Aujourd’hui diplômé de l’IÉSEG, en VIE (volontariat international en entreprise) à Madrid, il prépare un défi hors norme : relier Madrid à Paris en courant, soit 1 560 kilomètres. Un projet qu’il a nommé « 1560 Reasons » et qu’il relèvera en avril 2027, à la fois un défi sportif, une aventure humaine mais aussi un engagement solidaire. 

Avec cette traversée, il veut porter un message simple : ce ne sont pas les contraintes qui définissent les limites, mais la manière dont on décide de les gérer. 

J’ai été diagnostiqué très jeune, donc au début, je ne comprenais pas vraiment ce que ça représentait. Entre 5 et 10 ans, c’étaient mes parents et les infirmières qui géraient tout, pendant que moi je ne pensais qu’à jouer. Puis de 10 à 15 ans, il y a eu une phase de refus. Je n’acceptais pas, je minimisais, et je trichais même avec les données. 

Ensuite à partir de 15-16 ans, j’ai commencé à accepter la maladie et l’idée qu’elle faisait partie de moi sans me définir. Le vrai déclic s’est produit quand j’étais au lycée aux États-Unis. J’ai compris que je pouvais vivre normalement, faire du sport, construire des projets, sans me limiter à cette étiquette. 

J’ai dû décider d’arrêter le foot pour des raisons de sécurité, et au début c’était compliqué. Ce que ça m’a appris, c’est qu’il faut accepter la situation, s’adapter et trouver une autre voie pour continuer d’avancer. Pour moi, ça a été de partir sur des sports individuels, la musculation puis la course à pied. C’est important aussi de ne pas rester seul : parler, échanger, comprendre que d’autres vivent la même chose ailleurs, ça aide. 

Sa simplicité. C’est une discipline très accessible avec peu de barrières, une paire de chaussures suffit pour commencer. Il y a l’aspect social aussi, beaucoup de rencontres, tu arrives seul et une heure après tu manges avec des gens que tu ne connaissais pas. C’est un sport très honnête, tu ne peux pas tricher avec l’effort. Quand tu es régulier, tu vois les progrès, et quand tu ne l’es pas, tu le vois aussi. Au départ pour moi, c’était un moyen simple de rencontrer du monde et de m’intégrer, puis c’est devenu bien plus que ça. 

C’est une question d’organisation et de priorité. Les études et le travail passent en premier, et ensuite vient le sport. Je structure toujours mes journées avec des objectifs clairs, court terme mais aussi long terme, pour éviter de perdre le fil. Tout ça m’a appris que sans équilibre personnel, on ne peut pas tenir dans la durée. 

Le plus dur, ça a été la perte d’équilibre. À un moment, je vivais uniquement pour le projet. J’avais mis de côté mes amis, ma famille, ma vie sociale et j’ai fini par faire un burn-out de la préparation. C’est là que j’ai que j’ai compris que ce n’est pas la performance seule qui prépare, c’est tout l’équilibre qu’il y a autour et comment il est maintenu. 

1560 Reasons, c’est le nombre de kilomètres qui sépare Madrid de Paris, mais c’est surtout 1 560 raisons de commencer à faire du sport. On trouve toujours des excuses pour ne pas se lancer et moi, je veux montrer l’inverse. Pour chaque kilomètre, j’aurais une raison d’avancer : ma famille, les personnes qui courent avec moi, l’envie d’aller jusqu’au bout… Ce projet, ce n’est donc pas seulement une course, c’est une manière de montrer que chacun a son propre défi à relever. 

Il y aura à un documentaire immersif qui suivra toute l’aventure, de la préparation jusqu’à l’arrivée à Paris. L’objectif est de montrer la réalité sans filtre : les entraînements, la gestion quotidienne du diabète, les moments de doute, mais aussi les réussites. Je serai entouré d’une équipe de réalisateurs, ainsi que de professionnels de la santé et du sport. 

Au-delà de la performance sportive, je veux que ce soit un projet collectif. Je vais courir, mais jamais vraiment seul : des proches, des associations, des sportifs, des partenaires et toutes les personnes qui soutiennent le projet auront leur place dans l’aventure et dans le film. C’est aussi pour cette raison que je soutiens l’Association des Jeunes Diabétiques, qui m’a énormément aidé lorsque j’étais enfant. Aujourd’hui, j’ai envie de transmettre à mon tour et de montrer que les plus beaux défis sont ceux construits ensemble. 

Ça implique un suivi médical précis et régulier, mais aussi de bien connaître son corps. Je suis accompagné au quotidien, avec des capteurs, des ajustements d’insuline, et une forte attention à mon état physique. Pendant l’effort, je dois toujours m’alimenter, m’hydrater et anticiper les variations de glycémie. L’objectif ce n’est pas juste de « courir longtemps », c’est de gérer l’équilibre entre effort et sécurité. 

Oui, clairement. Je pense qu’on grandit beaucoup plus dans les difficultés que lorsque tout est facile. Les contraintes nous obligent à nous adapter, à apprendre et à découvrir des forces qu’on ne soupçonnait pas. Je l’ai vécu avec le diabète, mais aussi en partant vivre à Madrid sans connaître personne. Sur le moment, ça ressemblait à une contrainte, mais avec le recul, je me rends compte que c’est justement ce qui m’a appris à être autonome, à m’adapter et à prendre confiance en moi. On ne choisit pas toujours ce qui nous arrive, mais on choisit la manière dont on avance avec. 

Je suis fier d’avoir réussi à rassembler autour d’un même projet des personnes très différentes : des diabétiques et des non-diabétiques, des proches, des sportifs, des partenaires et des associations. Puis, montrer que le diabète ne définit pas une personne et ne doit jamais limiter ses ambitions. Si ce projet peut donner envie à quelqu’un de se lancer dans son propre défi, alors j’aurais atteint mon objectif. 

L’IÉSEG m’a surtout appris à structurer des projets : comprendre comment construire une idée et la transformer en projet concret. J’ai aussi beaucoup appris grâce aux expériences associatives et aux stages, notamment sur le sponsoring. Quand je démarche des partenaires, je retrouve des réflexes que j’ai développés à l’école : savoir pitcher un projet, comprendre les attentes d’un interlocuteur, et surtout adapter mon discours. L’École nous apprend aussi à sortir du cadre, on apprend à tester sans attendre que tout soit parfait. 

Il ne faut surtout pas attendre de se sentir « prêt », parce qu’au final, on ne l’est jamais vraiment. Ce qui compte, c’est de se donner un maximum d’opportunités et de ne rien regretter. Si vous avez un projet, osez vous lancer, sortir du cadre et faire les choses différemment. C’est souvent comme ça que les opportunités arrivent. Et surtout, une différence, quelle qu’elle soit, ne doit jamais être un frein à vos ambitions. Ce sont souvent les difficultés qui nous font grandir, nous obligent à nous adapter et à nous découvrir. Il faut avancer, tester et construire son propre chemin, sans laisser ses peurs définir ses limites.