Agathe DUCHET-SUCHAUX, étudiante et escrimeuse de haut niveau : « Je ne serais jamais devenue qui je suis sans l’escrime dans ma vie »
À 18 ans, Agathe DUCHET-SUCHAUX mène deux vies de front. Étudiante en 1ère année à l’IÉSEG et engagée au sein de la Junior-Entreprise, elle poursuit en parallèle une carrière d’escrimeuse de haut niveau, commencée dès l’enfance. Derrière les championnats de France, les Circuits Européens ou encore le rêve olympique, il y a une autre réalité : les entraînements quotidiens, les sacrifices, les blessures, la fatigue et l’exigence mentale permanente qu’impose le sport de haut niveau.
Mais il y a aussi tout ce que l’escrime lui a apporté : le soutien quotidien de la famille, la discipline, la capacité à rebondir après l’échec, des liens humains très forts et une forme de résilience qui se retrouve aujourd’hui dans ses études comme dans sa vie personnelle.
Entre passion, équilibre fragile et quête d’excellence, Agathe revient sur ce que signifie grandir avec le sport de haut niveau, et apprendre à construire sa vie autour de lui sans jamais s’y perdre.

Comment l’escrime est-elle entrée dans votre vie ?
J’ai commencé l’escrime très jeune, à l’âge d’à peine cinq ans. Mais ce sport faisait déjà partie intégrante de ma vie, bien avant ma naissance même, tant il est ancré dans l’histoire de ma famille. Mon oncle a pratiqué l’escrime au niveau international : il a participé aux Coupes du Monde et a connu de nombreuses sélections en Équipe de France. Mon grand-père était président de l’un des plus grands clubs de la région, et mon père et ma sœur pratiquent également ce sport. Il était donc naturel que je devienne moi aussi escrimeuse.
Depuis toute petite, j’ai toujours été très combative et compétitrice. J’avais besoin d’un sport dans lequel je puisse me confronter aux autres. L’escrime correspondait parfaitement à cette envie car elle mêle confrontation et réflexion. J’ai commencé la compétition dès l’âge de sept ans. Le véritable tournant, celui où l’on change réellement de dimension pour entrer dans le haut niveau, arrive vers douze ans. On passe alors de compétitions regroupant vingt ou trente jeunes à des épreuves réunissant parfois plus de cent cinquante tireurs.
Pourquoi avoir choisi le fleuret ?
Le fleuret était l’arme la plus représentée dans mon club. C’est l’arme par laquelle on débute tous, et j’ai choisi de m’y spécialiser car c’est une arme qui me correspondait parfaitement. C’est un très bon équilibre entre le sabre, très explosif et très codifié, et l’épée, davantage tournée vers la réflexion pure. Au fleuret, il y a une dimension stratégique très forte, et toute une notion de convention et d’arbitrage qui rend l’analyse de l’adversaire essentielle. C’est ce mélange qui m’a immédiatement plu.
Qu’est-ce qui vous plaît dans l’escrime ?
Avant tout, la réflexion. On ne peut pas tirer instinctivement, sans réfléchir. Même très jeune, après les entraînements, je repensais à ce que j’avais fait et aux ajustements que je devais apporter. Cette réflexion permanente est essentielle pour moi.
J’aime énormément la relation avec l’adversaire. On ne peut pas gagner seule : on est face à une autre personne, à une autre intelligence. Cette dimension psychologique rend ce sport passionnant.
L’escrime est aussi un sport extrêmement exigeant physiquement. Elle demande à la fois du cardio, de la puissance musculaire et de la souplesse, trois qualités rarement réunies dans une même discipline.
Mais ce que je préfère avant tout, ce sont les liens humains que ce sport m’a permis de créer. Mes entraîneurs ont occupé une place immense dans ma vie, notamment Pascal DAIZE et Paul GRANDIDIER, qui m’ont accompagnée pendant toute mon adolescence. Il connaissait aussi bien mes difficultés sportives que mes doutes scolaires ou personnels. L’escrime est devenue une seconde famille. J’y ai passé ma vie entière, j’y ai rencontré ma meilleure amie, Myrtille GERARD, et j’y ai construit des relations extrêmement fortes.
A quelles compétitions avez-vous participé ?
J’ai participé plusieurs années de suite aux Championnats de France, en individuel comme en équipe. J’ai représenté mon lycée lors des compétitions UGSEL, ce qui a été une expérience formidable. J’ai remporté plusieurs titres avec mon lycée, j’ai remporté le titre de vice-championne de France par équipe en 2022 et j’ai gagné la médaille d’or aux Championnats UGSEL en 2023. En U15, j’ai été sacrée vice-championne de France par équipe en première division.
J’ai toujours évolué en première division dans ma catégorie, ce qui représente déjà une très belle performance ! Mais la compétition la plus importante à laquelle j’ai participé reste une étape de Coupe du Monde, organisée en France en 2023 et 2024. J’ai eu la chance d’être sélectionnée 2 fois pour cette compétition, et affronter les meilleures tireuses dans une manche de Coupe du Monde, c’était une expérience incroyable !

Les Jeux olympiques ont-ils été un objectif personnel ?
Oui, très clairement. Cela a longtemps été un rêve, jusqu’à mes seize ans. Avec le temps, j’ai pris conscience de certaines réalités : dans notre sport, les structures et les moyens se concentrent principalement en Île-de-France. Pour moi, qui vivais à Nancy, il me manquait cette densité de concurrence et cette compétitivité quotidienne qu’on peut retrouver dans ces grands clubs ou structures nationales. Et même si je m’entraînais énormément, dans une région moins tournée vers le sport de haut niveau, on finit toujours par atteindre son plafond de verre.
Mes parents m’ont aussi fait privilégier mes études. Je leur en ai parfois voulu, mais aujourd’hui je pense qu’ils ont eu raison. Sans eux, je n’aurais probablement pas le parcours académique que j’ai aujourd’hui.
Que demande réellement une pratique de haut niveau au quotidien ?
Le sport de haut niveau demande énormément de discipline. À une période, je m’entraînais tous les jours : renforcement musculaire, séances d’escrime, compétitions le week-end… C’était un rythme extrêmement intense. Mais ce que les gens voient le moins, c’est tout ce qu’il y a autour : les déplacements, la fatigue, l’alimentation, le sommeil, la récupération.
Le premier sponsor d’un escrimeur, ce sont ses parents. Les compétitions coûtent très cher : l’essence, les hôtels, les repas, les trajets… J’ai eu énormément de chance d’avoir des parents très présents. Mon père m’aidait à faire attention à mon alimentation, ma mère m’aidait énormément dans mes études, afin que je garde un très bon niveau scolaire.
La vie de sportive impose énormément de sacrifices, forcément… Quand mes amies sortaient le soir ou fêtaient des anniversaires le week-end, moi j’étais à l’entraînement ou en compétition. Mais je ne l’ai jamais vécu comme une frustration, parce que c’était ma passion.
En arrivant à l’IÉSEG, cette année, j’ai aussi découvert une autre forme d’équilibre. Ayant quitté le domicile familial, j’ai dû apprendre à gérer seule mes études, le sport, la fatigue, les repas, la vie sociale… Au début, il y a l’euphorie : on veut tout faire, tout vivre. Puis la fatigue finit par te rattraper. Il faut (ré)apprendre à faire des choix. Il m’est arrivé de refuser certaines soirées importantes parce que j’avais une compétition le week-end suivant.
Qu’est-ce que les non-sportifs comprennent le plus difficilement ?
Je pense qu’ils comprennent difficilement pourquoi on continue malgré les échecs. Au lycée, mes amies ne comprenaient pas comment je pouvais perdre plusieurs compétitions d’affilée et retourner immédiatement à l’entraînement, comme si de rien n’était. Mais l’escrime m’a appris quelque chose d’essentiel : l’échec fait partie du sport, de la vie. Même les meilleurs perdent énormément. La première qualité que l’escrime m’a apportée, c’est la remise en question. Comprendre que certaines défaites ne sont dues qu’à soi-même est une étape essentielle. J’ai appris à accepter l’échec, ce qui n’a pas toujours été simple. D’ailleurs, j’ai travaillé avec une préparatrice mentale qui m’a énormément aidée. Et puis il y a la discipline. La motivation est toujours là en début de la saison. Mais ce qui permet de tenir dans la durée, c’est la discipline.
Pourquoi avoir choisi l’IÉSEG ?
Je voulais poursuivre des études ambitieuses sans abandonner complètement le sport. J’ai choisi l’IÉSEG car je suis très attirée par le double diplôme avec CentraleSupélec, notamment pour son côté ingénieur. Et en arrivant à l’École, j’ai découvert le statut de sportive de haut niveau, et j’ai été ravie de pouvoir l’obtenir. Certaines filières ne m’auraient pas permis de continuer l’escrime dans de bonnes conditions. Grâce à l’IÉSEG, je peux à la fois suivre des études exigeantes et tirer à haut niveau.
Le statut de Sportif de Haut Niveau m’apporte de la flexibilité. Il me permet notamment de justifier davantage d’absences liées aux compétitions et aux déplacements. Au second semestre, j’ai traversé une période très intense avec beaucoup de compétitions et énormément de fatigue. Le fait de pouvoir adapter ponctuellement mon emploi du temps m’a réellement aidée. Au-delà de l’aspect pratique, il y a aussi une vraie reconnaissance. Les professeurs comprennent les contraintes liées au sport de haut niveau. Quand on leur explique qu’on était absente pour une compétition, le regard n’est pas le même et c’est très gratifiant !
Comment conciliez-vous sport, études et engagement associatif ?

C’est probablement le plus difficile. Cette année, j’ai intégré IÉSEG CONSEIL Lille comme chargée de développement commercial, ce qui représente un investissement important. Trouver un équilibre entre les études, le sport, l’engagement associatif et la vie personnelle a été un véritable défi.
Il n’existe pas de méthode miracle : tout repose sur la régularité. Il faut travailler régulièrement pour réussir académiquement, tout comme il faut s’entraîner régulièrement pour performer dans le sport. Cette année, j’ai aussi appris à devenir totalement autonome. Avant, mes parents m’emmenaient aux entraînements et géraient beaucoup de choses autour de moi. Aujourd’hui, je dois m’organiser seule. C’est un équilibre très exigeant mais extrêmement formateur.
Qu’est-ce que l’escrime vous apporte dans vos études, votre future vie professionnelle ?
A 19 ans, j’ai passé plus de temps sur les pistes d’escrime que nulle part ailleurs ! Ce sport fait partie de moi, il m’a forgée, autant mentalement que personnellement. L’escrime m’a appris à me remettre en question, à gérer l’échec, à accepter que parfois, malgré le travail, les choses ne fonctionnent pas comme on le souhaite. Lorsque j’ai dû aller au rattrapage d’une épreuve au 1er semestre, c’était la première fois de ma vie que cela m’arrivait ! Grâce au sport, j’ai réussi à relativiser. Je me suis dit que cela faisait partie du parcours et qu’il me fallait apprendre à rebondir.
L’escrime m’a transmis énormément de qualités mentales : savoir se ressaisir, continuer après un échec, se battre pour ce qu’on veut vraiment, accepter les périodes compliquées sans abandonner. Toutes ces compétences me servent à l’IÉSEG, mais aussi dans ma vie sociale et dans mes engagements professionnels. Gérer le travail au sein d’un pôle de la junior-entreprise à 18 ans demande énormément d’organisation, de discipline et de capacité d’adaptation. Ce n’est pas toujours simple, mais je retrouve constamment dans ce que je fais les réflexes et les qualités développés grâce au sport.
Je suis très fière aujourd’hui d’être à la fois sportive de haut niveau, étudiante en Programme Grande École et chargée de développement commercial à l’IESEG Conseil Lille. Quand je regarde mon parcours, rien de tout cela n’aurait été possible sans l’escrime.
Avec le recul, de quoi êtes-vous la plus fière aujourd’hui ?
Je crois sincèrement que ce dont je suis le plus fière, c’est de n’avoir jamais abandonné. Un bon sportif, ce n’est pas seulement quelqu’un qui gagne. C’est surtout quelqu’un qui revient à l’entraînement après une défaite, qui accepte l’échec et continue de travailler.
J’ai dit des dizaines de fois que j’allais arrêter l’escrime. Pourtant, dès le lendemain, j’étais de retour à l’entraînement, non pas par obligation, mais parce que j’aimais profondément ce sport. Je sais que je ne serais jamais devenue la même personne sans l’escrime dans ma vie.