De l’IÉSEG à la Silicon Valley : l’ascencion de Ludovic Granger, CEO de Leadbay
De Lille à la Silicon Valley, le parcours de Ludovic GRANGER nous montre jusqu’où une idée et la persévérance peuvent mener. Diplômé de l’IÉSEG en 2020, Ludovic GRANGER est aujourd’hui le CEO de Leadbay, une start-up qui utilise l’intelligence artificielle pour aider les commerciaux à trouver leurs futurs clients. Sélectionnée par le célèbre accélérateur de start-ups “Y Combinator”, l’entreprise se développe désormais aux États-Unis avec une ambition : réinventer l’acquisition BtoB.
Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?
Je suis diplômé du Programme Grande École de l’IÉSEG et quelques années après avoir terminé mes études, j’ai co-fondé Leadbay, une start-up IA qui vise à démultiplier la capacité de prospection des commerciaux qui vendent en BtoB. Pendant ma formation, j’ai eu la chance de vivre des expériences professionnelles et internationales variées, notamment, un stage chez The Walt Disney Company aux États-Unis, un échange académique en Indonésie, et un stage en contrôle de gestion chez LVMH à Singapour. En parallèle, je me suis beaucoup engagé dans la vie associative de l’École, j’étais responsable commercial de la Junior-Entreprise.

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’entreprendre, et pourquoi avoir créé Leadbay spécifiquement ?
Au départ, je ne savais même pas que je voulais entreprendre. Quand on ne connaît pas, on ne peut pas en rêver. La Junior-Entreprise m’avait donné envie d’être consultant, mais le Projet de Création d’Entreprise, dans le cadre de mes cours, m’a fait comprendre que j’aimais toucher à tout : finance, marketing, vente… C’est cette polyvalence qui m’a attiré vers l’entrepreneuriat. Pour moi, entreprendre c’est un véritable ascenseur social : il n’y a pas de limite !
En France, on a parfois tendance à voir la technologie, et notamment l’IA, comme une menace. Alors qu’aux États-Unis, la vision est toute autre, on se dit qu’il y a un monde rempli d’opportunités qui est en train d’arriver, un peu comme avec l’émergence d’internet qui a vu naître des entreprises comme Amazon, Google, Facebook et Netflix. J’ai réalisé que l’IA allait démocratiser l’utilisation de technologies complexes, il y avait donc une véritable ouverture sur le marché et des opportunités à saisir. C’est pourquoi nous avons lancé Leadbay.
Concrètement, comment fonctionne Leadbay et comment se distingue-t-il des autres outils de prospection ?
Aujourd’hui, beaucoup de commerciaux travaillent encore manuellement, ils parcourent des listings pour identifier les prospects pertinents. Chez Leadbay, nous automatisons ce processus pour que les commerciaux puissent se concentrer sur la vente en elle-même. Nous trouvons et qualifions les entreprises intéressantes à leur place, nous analysons ce que vendent nos clients et à qui, afin de leur proposer les meilleures opportunités business sur leur territoire.
Ce qui distingue notre offre, c’est principalement la création de bases de données dynamiques capables de qualifier automatiquement les entreprises intéressantes (aussi appelées “leads” dans le jargon) pour nos clients. De plus, les plateformes traditionnelles s’adressent principalement à des sociétés très digitalisées, alors que de notre côté, nous nous adressons aussi à celles qui génèrent peu de signaux en ligne.
Qu’est-ce qui a permis à Leadbay de décoller et quels sont vos plus grands défis ?
Ce qui nous a permis de décoller, c’est clairement la résilience ! Dans une start-up, il y a vraiment une période de survie faite de beaucoup d’échecs et de quelques réussites seulement… On a dû postuler sept fois avant d’être financés par Y Combinator. Beaucoup aurait abandonné, mais nous n’avons jamais lâché.
Il y a plein de petites étapes difficiles, mais on apprend à relativiser. Chaque étape est différente : recruter des talents, maintenir les équilibres, surmonter un défi financier, signer un contrat…
Aujourd’hui, le plus gros défi c’est de naviguer entre toutes les nouvelles technologies qui arrivent car, chaque jour, il y en a une nouvelle. Tout va très vite et il ne faut pas perdre le cap. Il faut vraiment être concentré sur son utilisateur, sur son client, le servir, et le servir mieux que les autres.
Y Combinator a choisi de soutenir Leadbay, qu’est-ce que ça représente et comment avez-vous été sélectionné ?
Y Combinator, c’est le fonds d’investissement le plus célèbre au monde, basé à San Francisco, il a financé des boîtes comme Airbnb et Twitch. Ils investissent dans 200 start-ups chaque trimestre parmi 30 000 candidatures, soit moins de 1 %. Ils ont financé Leadbay à hauteur de 500 000$, ce qui nous a permis de nous lancer sur le marché américain.
Le programme proposé par Y Combinator dure trois mois : on lance la boîte aux États-Unis, ils nous présentent des clients, nous donnent énormément de visibilité, puis il y a le “Demo Day” où l’on fait un pitch de 60 secondes dans une salle remplie de 3 000 investisseurs.
Pour être sélectionnés, nous avons postulé sept fois. Au début, on essayait d’impressionner. Mais quand le business a vraiment commencé à marcher en France, avec de vrais revenus et des utilisateurs engagés, on a simplement dit qui on était et ce qu’on faisait. On a été authentiques, on a arrêté de se comparer et d’en faire trop.
Quels sont tes objectifs à long terme pour Leadbay et qu’est-ce qui t’excite le plus dans la suite de l’aventure ?
Remplacer Salesforce. Salesforce c’est une entreprise de CRM qui est valorisée à 200 milliards de dollars. Ils ont des tours énormes à San Francisco et New York, c’est un mastodonte. Pour moi, un CRM, c’est un gros tableau avec le nom de ses clients partagés entre l’équipe commerciale et marketing. C’était novateur il y a 20 ans, mais aujourd’hui la technologie peut faire bien plus pour servir le commercial. En tant que petite start-up, on est capable d’avancer beaucoup plus vite que les mastodontes, et mieux servir les nouveaux besoins de nos clients.
Ce qui m’excite le plus, c’est que chaque jour, un monde d’opportunités nouvelles se crée, et chaque étape élargit le champ des possibles. C’est le fait de voir jusqu’où on peut aller qui me motive constamment.
Qu’est-ce que l’IÉSEG t’a apporté ?
Je dis souvent que l’IÉSEG c’est une excellente école pour les entrepreneurs parce qu’on y devient des “couteaux suisses”, avec une forte expérience terrain grâce aux projets entrepreneuriaux. L’école nous apporte aussi un sens de l’adaptabilité. Je pense que pour être un bon manager, il faut avant tout être un bon changemaker et ne pas avoir peur de faire les choses. C’est ce dont la société a besoin, et l’IÉSEG nous forme parfaitement à ça.
J’ai gardé de ma formation de très belles amitiés aussi, tout mon entourage vient de là. L’IÉSEG nous laisse une grande famille et il faut vraiment la cultiver, ce réseau est super important. Sans oublier l’apprentissage de la finance, qui nous apprend une rigueur importante. La base pour développer une boîte, ça reste la gestion de ses finances.