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[Faculty in the Spotlight] Clare Keonha SHIN, professeure de droit

À l’IÉSEG, les professeurs inspirent, challengent et accompagnent des centaines d’étudiants chaque année. Chaque mois, nous rencontrons un membre du corps professoral pour découvrir son parcours, sa vision, sa philosophie d’enseignement et ce qui le motive profondément. Ce mois-ci, nous avons rencontré Clare Keonha SHIN, qui enseigne le droit sur le campus de Lille depuis 2022.

Clare, quel est votre parcours ?

Je suis née en Corée du Sud, mais j’ai la nationalité canadienne. J’ai grandi principalement au Canada et aux États-Unis, où j’ai effectué mes études au collège et au lycée. Au moment d’entrer à l’université, j’ai décidé de retourner en Corée afin d’apprendre la langue et de renouer avec mes racines. Ensuite, je suis partie en Allemagne pour mon master, puis j’ai décidé d’intégrer une faculté de droit aux États-Unis.

Pendant mes études de droit, j’ai saisi l’opportunité de suivre un double diplôme avec l’Université Paris-Dauphine. Je suis donc venue à Dauphine pendant un an, et je me suis me retrouvée confinée dans mon petit appartement parisien de 25 m² à cause de la pandémie du COVID ! Cela m’a tout de même permis de commencer ma vie en France.

Pourquoi et comment avez-vous décidé de devenir professeure ?

À l’origine, je prévoyais de travailler dans un cabinet d’avocats aux États-Unis, mais à cause du COVID, mon offre d’emploi dans un grand cabinet a été annulée et mes plans ont dont changé. J’ai toujours su que j’aimerais enseigner et que j’avais une passion naturelle pour cela car depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours donné des cours à côté de mes études ou de mon travail, que ce soit des cours particuliers ou des interventions en tant que conférencière dans une école de mode aux États-Unis. Je ne pensais simplement pas que cette opportunité se présenterait aussi tôt dans ma carrière professionnelle. J’ai rejoint l’IÉSEG comme professeure vacataire en janvier 2022, puis je suis devenue professeure permanente en septembre 2023.

Quels cours enseignez-vous à l’IÉSEG ?

Mes principales spécialités concernent le droit et la gestion de la protection des données personnelles, ainsi que le droit de l’intelligence artificielle, que j’enseigne au niveau master.

Le cours de Protection et gestion des données personnelles est un cours fondamental de master dans lequel les étudiants découvrent le Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui protège les données personnelles des citoyens et résidents de l’Union européenne et impose aux entreprises des règles à respecter pour traiter les données personnelles.

Avec le nouvel AI Act européen récemment adopté, j’enseigne également aux étudiants comment se conformer à cette réglementation lorsqu’ils utilisent, créent, importent ou déploient des systèmes d’intelligence artificielle dans l’Union européenne.

Comment enseignez-vous ces sujets aux étudiants ?

Beaucoup de mes étudiants arrivent en cours le premier jour en pensant : « Oh non, ça va être un cours de droit ennuyeux. Je ne veux pas devenir avocat, donc je n’ai pas besoin d’apprendre ça. » Je fais de mon mieux pour que la majorité d’entre eux repartent en comprenant que ce sujet est à la fois amusant et intéressant, et qu’il joue un rôle important dans leur vie personnelle et professionnelle, qu’ils travaillent dans la finance, le marketing ou les ressources humaines.

J’ai créé de petites vidéos récapitulatives de cinq minutes, que je partage sur YouTube au début de chaque cours. Elles permettent aux étudiants de revoir ce qu’ils ont appris lors de la séance précédente. J’essaie de rendre ces vidéos très amusantes. Par exemple, dans l’une d’elles, nous parlons des cookies et du consentement aux cookies sur les sites web. Une amie à moi y épouse un « cookie » et s’apprête à accepter toutes les conditions générales. Et moi, j’arrive pour interrompre le mariage en expliquant qu’elle n’est pas obligée de consentir et qu’elle a des choix grâce au RGPD.

J’aime aussi utiliser la gamification en classe. Une fois par semestre, j’organise un escape game ou une chasse au trésor en cachant des QR codes et des enveloppes contenant des questions et des indices dans tout le campus. Les étudiants doivent passer d’un QR code à l’autre en répondant à des questions sur le contenu du cours. Je pense que c’est une manière ludique et efficace d’apprendre et de mémoriser.

Comment décririez-vous votre relation avec les étudiants ?

Je pense que ma relation avec les étudiants est particulière dans le sens où je suis relativement proche d’eux en âge. Cela crée une atmosphère plus accessible dans ma salle de classe, où les étudiants ne se sentent pas intimidés pour poser des questions qu’ils n’oseraient peut-être pas poser autrement. Je les encourage à lever la main et à poser leurs questions immédiatement, ce qui nous permet d’avoir un environnement d’apprentissage confortable et détendu.

J’ai rencontré de nombreux étudiants en dehors des heures de cours qui lançaient leur start-up et avaient besoin de conseils. Ils se rendent compte : « Ah oui, il faut créer un site web. Il nous faut une politique de confidentialité. Une politique de cookies. Nous devons respecter le RGPD ! Comment fait-on déjà ? » Beaucoup d’étudiants continuent donc à me solliciter même après avoir terminé mes cours pour obtenir des conseils sur la conformité de leurs sites internet.

C’est très agréable de voir que ce que j’enseigne en classe se reflète dans leur vision de l’avenir, et que je peux jouer un rôle pour les guider afin qu’ils respectent la loi et évitent les poursuites ou les amendes !

La Vision de l’IÉSEG “Empowering changemakers for a better society”, est-elle une inspiration ? 

Oui, absolument. Le fait d’être professeure de droit dans une école de commerce plutôt que dans une faculté de droit correspond pleinement à la Vision de l’IÉSEG. Si j’enseignais uniquement dans une faculté de droit, je formerais principalement de futurs avocats et décideurs politiques. En enseignant dans une école de commerce, l’impact et la portée du changement que je peux apporter sont plus larges. Je m’adresse désormais à des personnes qui travailleront dans la finance, le marketing, les ressources humaines, la politique et de nombreux autres domaines.

Concernant les valeurs de l’école, je dirais que la responsabilité est celle qui résonne le plus avec mes cours, car le droit consiste avant tout à comprendre ce dont on est responsable, envers qui, et comment encadrer son comportement et ses activités afin de contribuer à une société juste, sûre et fonctionnelle.

Qu’appréciez-vous particulièrement à l’IÉSEG en tant que professeure ?

Le fait de vivre une expérience d’enseignement aussi positive à l’IÉSEG, de voir à quel point mes étudiants apprécient mes cours et de découvrir les chemins qu’ils empruntent aujourd’hui donne énormément de sens et de joie à ma carrière de professeure. Cela m’a même inspirée à aller plus loin et à retourner en Corée du Sud pour parler avec des étudiants coréens des études de commerce, de droit, et même des possibilités offertes par les universités françaises et européennes. Être professeure à l’IÉSEG m’a donné l’opportunité d’aider de nombreuses personnes différentes et m’a rendue plus compréhensive, plus patiente et, globalement, une meilleure version de moi-même.

Une anecdote à partager ?

C’est très gratifiant de voir certains de mes anciens étudiants diplômés travailler aujourd’hui dans l’industrie. J’ai eu une étudiante qui m’a contactée il y a quelque temps pour me dire : « Clare, je travaille dans une entreprise spécialisée dans la collecte de données, et je me souviens quand vous nous disiez que, dans le futur, tous les métiers tourneraient autour des données ! Quand j’étais étudiante, je ne comprenais pas vraiment ce que vous vouliez dire. Et maintenant, je travaille justement dans ce domaine ! » Ces petits moments de reconnexion avec mes anciens étudiants et de découverte de leur évolution sont vraiment précieux. C’est un honneur de savoir que j’ai pu jouer un petit rôle dans leur parcours professionnel.