Retour

[Faculty in the Spotlight] Coralie AUGUSTE, professeure de FLE

À l’IÉSEG, les professeurs inspirent, challengent et accompagnent des centaines d’étudiants chaque année. Chaque mois, nous rencontrons un membre du corps professoral pour découvrir son parcours, sa vision, sa philosophie d’enseignement et ce qui le motive profondément. Ce mois-ci, rencontre avec Coralie AUGUSTE, qui enseigne le FLE (Français Langue Étrangère) sur le campus de Lille depuis 2017. 

J’ai fait une licence de langues étrangères appliquées à Toulouse et je suis partie en Suède en 2010 en tant qu’assistante de français dans un lycée. J’ai toujours été attirée par l’enseignement et par l’international. C’est là que j’ai découvert qu’il existait un métier qui réunissait tout ce qui m’intéressait : professeur de FLE (Français Langue Étrangère). Enseigner ma langue maternelle à des personnes d’autres cultures, ça a vraiment été une révélation pour moi !

Ensuite, j’ai passé un an en Australie avant de revenir à Lille pour faire mon master en didactique du français langue étrangère. Puis, je suis repartie, au Brésil cette fois, en tant que lectrice dans un établissement d’enseignement supérieur pendant neuf mois. Entretemps, mon désir d’enseigner à un public adulte s’est affirmé.

En rentrant du Brésil, j’ai eu l’opportunité de donner un premier cours à l’IÉSEG, et c’est comme cela que j’ai officiellement rejoint l’École en septembre 2017. Puis, je suis devenue enseignante permanente en 2023. 

Dans un cours de FLE, il y a pour moi une vraie rencontre, une relation. Ce n’est pas juste enseigner une langue : il y a toute l’appréhension d’une culture. Il s’agit d’aider quelqu’un à s’exprimer à l’écrit et à l’oral, mais aussi de donner des « clés » culturelles, de faire prendre confiance en soi et de donner des possibilités d’expérimentation. Je travaille avec un public différent à chaque fois, de cultures que je n’ai parfois jamais rencontrées : il y a toujours un nouvel échange, de nouvelles perspectives sur le monde. C’est très riche.  

L’enseignement du FLE en France peut avoir un réel impact sur l’avenir des étudiants. C’est parfois la clé qui va leur permettre de trouver un stage, un emploi, peut-être de s’installer, de demander la nationalité. Il y a donc un très gros enjeu autour du cours de FLE sur un territoire francophone. 

J’enseigne le FLE dans tous les programmes : masters spécialisés, Programme Grande École (cycles Bachelor et Master) et Bachelor in International Business (BIB). Actuellement, je donne plutôt des cours de niveau intermédiaire à avancé. C’est stimulant car on n’est jamais cantonné à un niveau et on retravaille constamment les contenus et les scénarios pédagogiques. 

Les contenus et les objectifs d’apprentissage sont définis par les coordinateurs de cours, selon les besoins prioritaires des étudiants. Les étudiants de masters spécialisés ou de BIB doivent trouver un stage : l’accent est donc mis sur l’aspect professionnalisant, par exemple avec des simulations d’entretien d’embauche en français.  

Pour les étudiants en échange, nous avons repensé tous les cours l’an dernier : ils sont là pour une courte durée, pour vivre des expériences et aller à la rencontre des autres. On se concentre donc sur leurs besoins de communication dans la vie quotidienne. Même si l’environnement est agréable, bienveillant et ludique, on travaille : en tant qu’enseignant, on choisit des activités parce qu’on sait qu’elles ont un fort impact pédagogique. Rien n’est laissé au hasard. 

La conversation et le débat sont aussi au cœur du cours de FLE. J’aime aussi utiliser le jeu, à condition que ce soit pertinent, pour utiliser la langue dans une situation authentique. J’aime que le cours soit dynamique et que l’on soit en mouvement : on bouge les tables, on fait des activités debout, en petits îlots ou en grand groupe. 

Tout est matière en FLE : sortir interviewer des passants, des membres d’une association ou des entrepreneurs est un terrain de jeu et de pratique riche. 

Dans tous mes cours, il est primordial que la salle de classe soit un espace d’expérimentation et de confiance, où l’on peut tous faire des erreurs. D’entrée de jeu, j’explique les règles : on ne se moque pas, tout le monde peut se tromper. Cela instaure un climat de confiance entre les étudiants, mais aussi avec moi. Ils peuvent aussi prendre rendez-vous avec moi en dehors des cours, par exemple pour retravailler un point spécifique qu’ils n’ont pas bien compris en cours ou qu’ils souhaitent approfondir. Certains restent en contact même après les cours et me racontent leur évolution : c’est toujours un plaisir d’avoir de leurs nouvelles. 

L’an dernier, j’ai fait intervenir un entrepreneur dont le français n’est pas la langue maternelle. À travers son parcours, les étudiants pouvaient vraiment se reconnaître et se projeter. Chacun avait préparé l’entretien avec sa spécialité : les étudiants de marketing digital ont posé des questions sur le site internet, ceux de commerce international sur l’import-export. Ils parlaient de leur spécialité, mais en français : on sort d’une simple activité de pratique pour une conversation authentique sur un sujet qui les intéresse. 

Nous organisons aussi des visites d’entreprises avec des collègues. Nous sommes notamment allés au magasin Boulanger d’Englos, avec son centre d’innovation, mais aussi à Euratechnologies et l’espace de coworking Hiptown. L’objectif est de faire découvrir aux étudiants une entreprise française, leur donner l’opportunité d’échanger avec des professionnels, et commencer à se créer un réseau.  

En niveau avancé, on évoque beaucoup de sujets liés à la société actuelle : environnement, diversité, inclusion, droits humains… Cette année, nous avons travaillé sur le tourisme, y compris le surtourisme et les campagnes de démarketing. Tout le monde n’a pas le même regard, puisqu’on ne vient pas de la même culture et du même endroit du globe, ce qui rend le débat plus riche. Le but n’est pas de dire « voici la version française, la seule et la meilleure », mais plutôt : « voilà le regard qu’on porte en général en France, et dans votre pays ? ». C’est toujours une approche interculturelle. 

Un étudiant mexicain que j’ai eu il y a un an et demi en échange, sur 18 heures de cours au total, m’a contactée récemment pour m’annoncer qu’il avait continué à pratiquer le français en rentrant au Mexique et qu’il venait de valider son DELF B2. Il était très fier de m’envoyer sa photo avec son diplôme ! Ça m’a montré que ce n’est pas juste un cours de langue, c’est tout ce que je vise : que les étudiants soient capables de continuer leur apprentissage du français une fois le cours terminé et de s’en servir dans leur vie comme ils le souhaitent pour évoluer dans leur vie personnelle et professionnelle.