Prenez du temps pour vous ! On peut avoir le sentiment d’être lucide et ressentir l’envie de se remettre au travail immédiatement, mais cela me semble difficile après une telle claque. Bien entendu, le coût financier n’est pas négligeable et si on ne peut pas le supporter, je conseille d’opter pour un job alimentaire, simple, que l’on maîtrise, et qui permettra de prendre du recul, mais aussi de réfléchir plus sereinement à la suite des événements.
[Histoire de Diplômé] Guillaume FOURDINIER : le Plongeoir, une aventure à taille humaine
Et si on changeait de regard sur la notion d’échec professionnel ? Et si on le voyait comme l’occasion d’un nouveau départ ? La précédente aventure entrepreneuriale de Guillaume FOURDINIER (diplômé du Programme Grande École en 2010), Agricool, était sous le feu des projecteurs il y a quelques années. L’annonce de son redressement judiciaire a été une surprise pour beaucoup, mais surtout l’occasion pour lui de se recentrer sur une aventure à taille humaine : le Plongeoir. Pari réussi : aujourd’hui, des milliers de lecteurs dévorent chaque semaine sa newsletter d’inspiration entrepreneuriale.
L’aventure Agricool n’était pas votre première expérience entrepreneuriale…
En effet ! J’avais déjà fondé TOMBAPIK avec Alexandre Gendrier (diplômé de l’IÉSEG en 2010) lors de ma 3e année à l’IÉSEG. Nous proposions une solution d’intranet pour les universités et les écoles, avec des services aussi variés que du covoiturage ou encore de la vente de mobilier, par exemple. Nous sommes notamment parvenus à convaincre l’Université Catholique de Lille et quelques campus parisiens. L’aventure a pris fin en 2012, lorsque mon associé a repris le vignoble de ses parents. Quant à moi, j’ai déménagé à Rouen pour suivre ma future épouse et j’ai occupé un poste de commercial en pharmacie pendant les deux années qui ont suivi.
Qu’est-ce qui vous a poussé à arrêter le salariat ?
La fin de l’année 2014 a marqué un tournant : je me suis blessé au ski et suis resté immobilisé un mois à la maison. J’avais trop d’idées de projets à lancer et je sentais que le virus de l’entrepreneuriat ne m’avait pas quitté. En parallèle, des projets de cultures indoor commençaient à émerger auxÉtats-Unis et au Japon. J’étais fasciné par l’idée de produire des fruits et des légumes en ville, et non pas à des centaines de kilomètres, avec tout ce que cela implique d’un point de vue environnemental.
Quelle a été l’étape suivante ?
J’ai creusé le projet avec Gonzague qui est devenu le co-fondateur d’Agricool. Nous nous sommes lancés et tout s’est accéléré : levées de fonds successives, embauche de 80 collaborateurs et tests concluants puisque nous parvenions à cultiver des fraises de qualité dans des containers fermés. Nous avons poussé la R&D au maximum, levé un total de 30 millions d’euros,mais cela n’a pas suffi. Nous produisions dix fois plus de fraises au mètre carré que n’importe quelle serre dans le monde lorsque nous avons mis un terme à Agricool.
L’entreprise a en effet été placée en redressement judiciaire en novembre 2022. Que s’est-il passé ?
Ni nous, ni aucun de nos concurrents – même Plenty qui avait levé un milliard aux USA ! – ne sommes parvenus à trouver un équilibre financier pour rendre l’aventure pérenne. C’est le propre de ce type de projet R&D : vous gravissez les marches l’une après l’autre, mais si vous ne parvenez pas à atteindre la dernière, tout s’écroule. Sans rentabilité opérationnelle, pas d’avenir possible pour nous. Nous nous étions également rendu compte que notre idée était moins écologique que prévu car très coûteuse en matériel et en énergie. Mais je n’ai aucun regret, j’ai passé sept années incroyables et riches en apprentissages. Cela en valait la peine : j’ai beaucoup appris sur moi à travers cette aventure.
Comment se sent-on lorsque tout s’arrête après sept années aussi intenses ?
La période a été compliquée ; je repartais littéralement de zéro. Nous avons d’abord déménagé en Bretagne en famille, puis en avons profité pour partir tous ensemble sept mois en voilier aux Antilles. Cela nous a permis de resserrer les liens et de digérer les événements. Au bout d’un mois, je ne sentais plus de charge mentale. Chaque matin, j’écrivais sur un carnet pendant une heure, je faisais le point sur Agricool, sur mes envies futures et j’ai compris que j’avais vraiment l’entrepreneuriat dans le sang : je voulais recréer une boîte, mais différente. Avec de l’équilibre et une vision long-terme, à proximité de mes enfants et de la mer.
Comment avez-vous concrétisé cette liste d’envies ?
De retour en avril 2023, j’ai commencé à réfléchir à des sujets liés à l’alimentation, au BTP, aux matériaux de demain, à l’agriculture régénératrice ou encore aux algues. Je creusais chacune de ces thématiques au maximum, j’en parlais avec des interlocuteurs variés, tout en réfléchissant à de nouvelles idées de business. J’écrivais, je recevais des retours et au lieu de répondre individuellement, j’ai choisi de partager mes découvertes avec un public plus large en créant une newsletter : Le Plongeoir était né. Agricool nous a permis d’avoir une caisse de résonance immédiate. J’ai démarré avec 500 lecteurs. Après trois éditions, nous étions déjà plus de 3 000 grâce au bouche à oreille.
Quelle est la spécificité de votre newsletter et où êtes-vous trois ans après son lancement ?
La croissance a été rapide. Aujourd’hui, je compte 26 000 lecteurs, majoritairement des dirigeants et des entrepreneurs. Chaque semaine, j’y décrypte les grands défis du siècle, vulgarise les enjeux, je mets en avant des profils inspirants, traite de sujets sociétaux (impact des écrans, santé mentale des femmes, etc.) et bien entendu écologiques. Le modèle économique est rentable grâce à des sponsors, et j’ai récemment lancé un modèle d’événements sectoriels (finance à impact, immobilier, etc.), à retrouver sur leplongeoirlive.com avec une centaine de participants à chaque édition.
Avec le recul, qu’avez-vous appris à travers l’échec d’Agricool ?
Tout d’abord, beaucoup sur le management : en passant de 0 à 80 salariés en peu de temps, alors que nous étions jeunes, nous avons commis beaucoup d’erreurs. J’ai également évolué en gestion de projets, d’investisseurs et de stress. Cette aventure m’a également fait comprendre de quoi j’avais envie et ce que je ne voulais plus : fini le sprint, place au marathon ! Je souhaite que le Plongeoir soit encore là dans 30 ans. Je me sens fier d’avoir créé une communauté qui aspire à construire un futur plus désirable, qui croit en un monde meilleur et qui a envie d’y contribuer à sa manière.
Le conseil de Guillaume en cas d’échec
Cet article a été rédigé par Luna Créations pour le magazine IÉS, le magazine de IÉSEG Network, l’association des diplômés de l’École.