Comment Revlys a franchi le cap du million d’euros de chiffre d’affaires
Revlys, agence de voyage éco-responsable et événementielle, a été fondée par Axel FENAUX, diplômé de l’IÉSEG en 2018, et fait partie de l’Incubateur l’IÉSEG. Après le départ de son associée en 2020, Axel a dû repenser son modèle et opérer un véritable changement de cap, en faisant basculer Revlys du B2C vers le B2B. Cinq ans après notre premier entretien, nous le retrouvons pour revenir sur cette transformation, les coulisses de son accélération et les nouveaux défis auxquels il fait face.
Où en est Revlys aujourd’hui, cinq ans après notre première rencontre ?
A l’origine, nous avions lancé Revlys en B2C avec mon associée. Après son départ pour se consacrer à un autre projet professionnel, j’ai dû réfléchir à la manière de pivoter pour Revlys. C’est à peu près à ce moment-là qu’un ami m’a contacté pour organiser un séminaire d’entreprise. C’est après cette première expérience que j’ai eu le déclic de basculer vers le B2B.
Pourquoi le B2B est-il plus pertinent pour votre activité ?

Tout d’abord, une entreprise qui organise un séminaire de 200 à 300 personnes a besoin d’un vrai accompagnement. Un RH, un directeur marketing ou un directeur de la communication ne peut pas gérer un tel projet seul, en plus de son travail quotidien. Un particulier, à l’inverse, va davantage se demander combien ça va lui coûter et s’il peut organiser son voyage lui-même, il privilégiera cette option.
Il y a aussi une question de sens et d’impact. Accompagner un séminaire de 300 personnes vers une destination décarbonée a un impact beaucoup plus direct que d’essayer de convaincre 150 couples de changer leurs habitudes de voyage. En B2B, on peut agir sur un volume important d’un seul coup.
Ce pivot a-t-il été décisif pour atteindre le million d’euros de chiffre d’affaires ?
Oui, clairement. On peut dire que c’était la « secret sauce ». J’ai atteint le million de chiffre d’affaires en 2025 avec une quinzaine de séminaires, dont deux gros contrats à 250 000€ et 300 000€. Avec une vingtaine de séminaires, on arrive donc à un million d’euros. Avec vingt voyages pour des particuliers, c’est impossible : le volume unitaire n’a rien à voir.

Quels défis avez-vous dû surmonter en passant du B2C au B2B ?
Il a fallu que je refasse toute ma veille sur les lieux. Ma base de données était constituée de petites maisons d’hôtes et de gîtes pour 6 à 30 personnes. Pour des séminaires d’entreprises, j’ai besoin de lieux pouvant accueillir 50, 100, voire 300 personnes.
J’ai donc dû sourcer des domaines, des châteaux réhabilités, des campings haut de gamme, tout en restant fidèle à ma ligne directrice : des lieux indépendants, avec du caractère et ancrés dans leur territoire. Je travaille très peu avec les grandes chaînes hôtelières.
Il a aussi fallu apprendre les standards du séminaire : configurations de salles, équipements audiovisuels, team building… Mais surtout comprendre ce que recherchent les entreprises : cohésion d’équipe, sensibilisation RSE ou simplement des activités originales et décarbonées.
Quelle est votre philosophie sur l’écoresponsabilité dans l’événementiel ?
Je suis plutôt dans le « on fait de notre mieux » car je considère qu’on ne peut pas être parfait et irréprochable en termes d’écologie. Il existe d’ailleurs une vraie dualité entre l’enjeu environnemental et l’enjeu social, tous deux au cœur même de la RSE : est-ce qu’on refuse de faire venir en avion des collaborateurs basés à l’étranger pour réduire l’empreinte carbone ? Ou est-ce qu’on les fait venir parce que le lien social est essentiel ? Chez certains clients, la réponse est claire : le collectif prime.
De la même façon, imposer huit heures de train à des collaborateurs pour éviter un vol n’est pas toujours raisonnable. Je préfère le compromis intelligent au radicalisme contre-productif qui, in fine, peut desservir la cause globale en décourageant les personnes de faire le moindre effort.

L’essor de l’IA ces cinq dernières années a-t-il eu des répercussions sur votre activité ?
En B2C, ça aurait pu être dévastateur. Organiser un voyage en solo peut-être entièrement automatisé aujourd’hui : avec un bon prompt, l’IA peut générer un itinéraire, des activités et des hébergements. La valeur ajoutée d’une agence B2C classique s’érode forcément.
En B2B, c’est plutôt une opportunité. Je développe actuellement un système d’automatisation qui croise ma base de données d’hébergements avec les contraintes du client (par exemple, la distance depuis Paris en train ou en car) et me permet d’obtenir des résultats beaucoup plus rapidement.
Ce qui ne pourra jamais être complètement automatisé, c’est le relationnel, la création d’expériences sur mesure et la connaissance du terrain. C’est là que se fait la différence, et c’est ce qu’on fait chez Revlys : organiser des expériences qui n’ont jamais été proposées à d’autres clients sur leur lieu de séminaire, grâce aux échanges avec les acteurs locaux. Cela demande du temps, du relationnel et de la créativité ; exactement ce qu’une IA ne peut pas reproduire.
L’entrepreneuriat, ce sont les montagnes russes ?
Je dirais plutôt l’Himalaya ! Honnêtement, j’ai failli arrêter plusieurs fois, mais il y avait toujours une bonne raison de tenir et ça repartait pour un tour. Ce que j’ai appris, c’est que l’entrepreneuriat, c’est avant tout de la résilience. Je croyais en mon projet, et j’ai eu raison d’y croire.