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IÉSEG AI Day : enseigner et chercher à l’ère de l’IA

Le 8 janvier 2026, l’IÉSEG a organisé le premier AI Day, une journée à destination des professeurs de l’École entièrement dédiée à l’intelligence artificielle. Pensé comme un temps de sensibilisation, de partage et de réflexion collective, l’événement a attiré une centaine de professeurs, représentant l’ensemble des départements. Retour sur cette première édition avec Loïc PLÉ, Directeur de la Pédagogie de l’IÉSEG.

Pourquoi avoir organisé le premier IÉSEG AI Day en janvier 2026 ?

L’intelligence artificielle, en particulier l’IA générative, est aujourd’hui omniprésente. Il était important de dépasser à la fois l’effet de mode et les discours anxiogènes pour proposer un temps structuré de réflexion et d’échange.

Si l’annonce de cette journée avait été globalement accueillie positivement, certains professeurs étaient cependant plus dubitatifs, pensant qu’il s’agirait simplement « d’une journée de plus surfant sur la vague de l’IA » ; ils me l’ont confié à la fin de la journée, lorsqu’ils sont venus me voir pour nous remercier de l’organisation d’une journée qu’ils avaient trouvée extrêmement enrichissante.

Cela résume très bien l’enjeu auquel nous avons fait face : en organisant ce premier IÉSEG AI Day, nous voulions montrer que l’IA n’est pas un concept abstrait ni une simple tendance, mais un ensemble d’outils qui ont déjà un impact très concret sur notre quotidien.

Concrètement, quels étaient les objectifs de cette journée ?

L’objectif était triple. D’abord, continuer de sensibiliser notre corps professoral aux enjeux de l’intelligence artificielle, pas uniquement générative, mais au sens large.
Ensuite, permettre à chacun de prendre conscience de l’impact réel de ces outils sur nos métiers, à travers trois axes clés : l’enseignement et l’apprentissage, la recherche et les tâches administratives liées ou non aux deux premiers axes.

Cette journée s’inscrivait pleinement dans la stratégie IA de l’IÉSEG, qui structure la démarche systémique mise en place au sein de l’École pour favoriser l’adoption et l’usage de ces nouvelles technologies.

Comment la journée était-elle structurée ?

Nous avons volontairement opté pour une approche très concrète, articulée autour de plusieurs formats. Il y avait bien sûr une dimension de sensibilisation et d’information, mais aussi une forte part de partage d’expériences, voire une forme de formation informelle.
Nous avons débuté par une keynote du Digital Education Council, puis avons organisé deux séries d’ateliers. Si chacun d’entre eux avait des portées différentes, tous partageaient l’objectif d’aider les participants à comprendre l’utilité de l’IA dans leur quotidien professionnel. Enfin, un Speed-dAIting a permis de renforcer les échanges informels autour des usages et questionnements des uns et des autres.

Voir ce que font ses collègues, ses pairs, comment ils utilisent l’IA dans leurs cours ou dans leurs recherches, donne énormément d’idées. Cela permet de dépasser la « hype » et de mieux saisir l’intérêt réel de ces outils.

Pourquoi avoir fait appel au Digital Education Council pour ouvrir cette journée ?

Nous avons souhaité débuter la journée avec une intervention de Danny Bielik et Alessandro Di Lullo, respectivement Président et CEO du Digital Education Council, car il s’agit aujourd’hui d’un acteur de référence au niveau international sur les enjeux de l’IA dans l’enseignement supérieur.

Le Digital Education Council est une alliance mondiale d’établissements d’enseignement supérieur, de dirigeants académiques et de partenaires technologiques, dont une des missions est d’aider les institutions à intégrer l’intelligence artificielle de manière stratégique, responsable et opérationnelle. Relativement récent, il fédère déjà plus d’une centaine d’institutions dans plus de trente pays, en Europe, en Amérique du Nord, en Asie et en Océanie. Cette diversité lui permet de produire des analyses comparatives et des benchmarks particulièrement solides.

Contrairement à de nombreuses autres initiatives, le DEC ne se limite pas à des discours prospectifs généraux. Il mène des enquêtes internationales de grande ampleur, publie des rapports très documentés et anime des groupes de travail thématiques sur des sujets clés comme « Teaching and Learning Online », l’usage de l’IA dans l’évaluation, l’engagement étudiant ou encore la gouvernance institutionnelle de l’IA. Parmi leurs travaux récents figurent notamment des études approfondies sur la manière dont l’IA transforme l’évaluation, les pratiques pédagogiques et les compétences attendues sur le marché du travail.

Qu’a apporté concrètement leur intervention lors de l’IA Day ?

Leur intervention a été particulièrement marquante, car elle était extrêmement structurée, chiffrée et étayée. Ils ne se sont pas contentés de présenter ce qui se fait ailleurs : ils ont montré l’impact réel de l’IA sur les entreprises, les universités et, plus largement, l’enseignement supérieur, avec des données précises et des exemples concrets.

Cela a permis aux enseignants de prendre du recul et de comprendre que les enjeux de l’IA ne concernent pas uniquement nos pratiques pédagogiques internes, mais aussi la manière dont nos étudiants seront amenés à travailler demain. Les retours ont été très positifs : beaucoup de collègues ont apprécié la pertinence des comparaisons internationales proposées et le sérieux avec lequel celles-ci avaient été menées

Pouvez-vous donner quelques exemples d’ateliers proposés au cours de la journée ?

Les ateliers couvraient des thématiques très différentes. Pour en citer quelques-uns, autour de la recherche académique, Louis MANGENEY a présenté comment il utilisait l’IA dans la collection de données, et Jean-Baptiste ARNOLD a montré comment il développait des outils d’évaluation personnalisés basés sur un workflow afin de générer et de traiter des questionnaires.

En termes d’enseignement, Benjamin BŒUF a proposé un atelier sur l’intégration d’agents IA personnalisés dans un jeu d’entreprise afin d’aider les étudiants à interpréter les résultats quantitatifs et à prendre des décisions itératives. Un atelier proposé par Edward FARRINGTON et Flore BENVENUTI a fait vivre aux professeurs une expérience immersive en réalité virtuelle pour améliorer ses compétences oratoires en public. Enfin, Jonas DEBRULLE s’est appuyé sur son dernier livre pour expliquer comment créer des avatars et des vidéos pour enrichir les cours.

Personnellement, les ateliers (plutôt techniques) auxquels j’ai participé m’ont tous donné des idées pour améliorer mes cours et repenser la structure de ma classe inversée que j’enseigne en 1ère  année.

Le format « speed dating » a-t-il contribué à la dynamique de la journée ?

Oui, clairement. Le principe était simple : une personne proposait une thématique, un projet ou une difficulté rencontrée avec l’IA, et trois ou quatre participants venaient échanger avec elle pendant des sessions de vingt minutes. L’objectif était de favoriser des échanges informels, de croiser les points de vue et de faire émerger des pistes concrètes.
Ce format a bien fonctionné et a renforcé le sentiment de communauté autour des enjeux de l’IA.

Quels enseignements tirez-vous de cette première édition ?

Cet événement a été un vrai succès car la dynamique enclenchée ne s’est pas arrêtée à la fin de la journée. Certains professeurs sont déjà revenus vers moi et toute l’équipe du CETI (Center for Educational and Technological Innovation) avec des idées de projets, des demandes de licences d’outils spécifiques, des propositions d’articles décrivant ce qu’ils ont mis en place, ou tout simplement l’envie de développer de nouveaux usages pédagogiques. C’était exactement l’objectif que nous avions en organisant cette journée : enclencher un mouvement global au sein de l’École afin d’embarquer l’ensemble du corps professoral.

Quelle suite souhaitez-vous donner à l’IESEG IA Day ?

L’idée n’est pas de multiplier les événements de grande ampleur. L’enjeu principal est plutôt le suivi et la dissémination. Dans les mois à venir, nous allons recontacter tous les participants pour comprendre ce qu’ils ont mis en place, nous assurer qu’ils continuent d’échanger entre eux et identifier les projets concrets qui ont été lancés pour voir si nous pouvons les démultiplier au sein de tous les programmes de l’IÉSEG.
Le but est de développer un véritable esprit de communauté autour de l’IA, au sein de l’École mais aussi à l’extérieur.

Plus largement, que change l’IA au rôle d’une école comme l’IÉSEG ?

L’IA nous oblige à nous poser des questions de fond. Pas seulement sur nos méthodes pédagogiques, mais aussi sur ce que nous enseignons. Certaines compétences très opérationnelles risquent de devenir rapidement obsolètes, tandis que des compétences plus transversales – esprit critique, formalisation et résolution de problèmes, capacité d’analyse – deviennent encore plus centrales.
Cela implique de repenser nos contenus, nos priorités et notre rôle en tant qu’enseignants et chercheurs. Cette journée a commencé à faire infuser ces réflexions chez chacun d’entre nous. C’est le premier pas d’une dynamique plus large, pleinement alignée avec la stratégie IA et même avec la raison d’être même de l’École.