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Sébastien BOURDIN : L’économie circulaire, un cercle vertueux

Et si l’économie circulaire était l’avenir de la construction ? Réutiliser les matériaux,
réduire les déchets, repenser les chantiers… Pour Sébastien BOURDIN, professeur de géographie économique et de management environnemental à l’IÉSEG, cette approche dépasse l’écologie : elle constitue un véritable levier d’innovation, de coordination et de valeur territoriale. Plongez dans cette vision concrète d’un secteur prêt à se réinventer.

L’économie circulaire part d’une volonté : sortir de la logique du tout jetable. Elle cherche à conserver la valeur des matières, des produits et des composants le plus longtemps possible. Cela passe par plusieurs leviers : réduire la consommation de ressources, allonger la durée de vie des produits, réparer, réutiliser, recycler, et plus largement repenser l’organisation des chaînes de valeur. Elle propose une autre manière de penser la production et le développement économique qui reposaient jusque-là sur une approche linéaire : extraire, produire, consommer, jeter. Cette dernière a montré ses limites : pression sur les ressources, production de déchets et dépendances économiques. Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est qu’elle ne se résume pas à un concept environnemental. C’est également une question d’organisation, d’innovation, de coordination entre acteurs, et d’ancrage territorial.

Le secteur de la construction est un terrain clé pour l’économie circulaire puisqu’il consomme énormément de matières et génère des volumes de déchets très importants. Béton, briques, tuiles, métal, isolants… chaque chantier mobilise des ressources et chaque démolition ou réhabilitation produit des
gisements qui pourraient, en partie, être mieux valorisés
. Cela peut intervenir dès la conception, en favorisant des bâtiments démontables, réparables ou transformables, mais aussi au moment de la déconstruction, en identifiant les matériaux qui peuvent être déposés sans être détruits, puis réemployés dans d’autres opérations.

Pour aller plus loin…

Associé chez Neo-Eco, Benjamin CONSTANT dirige le projet « NeoCem », qui vise à décarboner le secteur de la construction.
NeoCem a développé une solution innovante qui repose sur l’utilisation d’argiles calcinées. Issues des creusements du BTP, elles remplacent le ciment traditionnel. Elles offrent les mêmes performances, à un coût inférieur, tout en étant bas carbone.

Un article à retrouver ici

Un cas parlant est celui du réemploi des briques issues de bâtiments déconstruits. Sur le principe, l’idée est simple : au lieu de démolir, concasser et recycler la matière, on dépose les briques, on les trie, on les nettoie, puis on les réintègre dans un nouveau projet. Dans la pratique, plusieurs difficultés apparaissent rapidement. Il faut savoir d’où viennent les briques, dans quel état elles sont, si elles peuvent encore répondre aux exigences techniques actuelles, qui prend la responsabilité en cas de problème, comment les stocker entre deux opérations, et à quel coût. Ce simple exemple montre bien que l’économie circulaire dans le bâtiment n’est pas uniquement une question de bonne volonté. Elle dépend d’une chaîne entière d’acteurs qui doivent être coordonnés.

Cette question est en effet centrale. Aujourd’hui, le réemploi et le recyclage dans le bâtiment sont encore faits de manière trop ponctuelle, trop artisanale ou trop dépendante d’acteurs pionniers. L’enjeu est donc bel et bien de passer d’expériences isolées à une logique de filière structurée. Cela suppose des diagnostics plus fins, des règles de responsabilité plus claires, des standards partagés, des solutions de stockage, des plateformes d’échange efficaces et des incitations économiques cohérentes. La question n’est pas de se demander si c’est techniquement possible – ça l’est. La vraie question est de savoir si l’on se donne les moyens organisationnels, réglementaires et économiques de rendre cette approche normale plutôt qu’exceptionnelle.

Ils sont d’ordre économiques, sociaux et territoriaux. L’économie circulaire permet de mieux sécuriser l’accès à certaines ressources dans un contexte où les prix des matériaux peuvent être volatils et où les dépendances extérieures deviennent un enjeu stratégique. Elle crée de nouvelles compétences et de nouveaux métiers, souvent ancrés localement et difficilement délocalisables. Elle favorise l’innovation, en incitant les professionnels à repenser leurs méthodes, leurs partenariats et parfois leur modèle économique. Enfin, il y a aussi un enjeu culturel et patrimonial. Réemployer des matériaux, c’est conserver une trace, une texture, une identité constructive. Dans certains projets, cette dimension est très forte, car elle permet d’inscrire les nouveaux bâtiments dans une continuité plus sensible avec l’histoire des lieux.

L’incitation passe d’abord par plus de clarté et de sécurité. De nombreux acteurs ne sont pas opposés au principe, mais ils hésitent dès lors que les responsabilités sont floues, que les normes sont mal adaptées ou que les coûts et délais deviennent incertains. Il convient donc de sécuriser juridiquement et techniquement le recours aux matériaux de seconde vie, en produisant des règles lisibles, des référentiels partagés et des mécanismes de confiance. Du côté des professionnels, la montée en compétences est essentielle. Tant que le réemploi restera perçu comme une pratique marginale, complexe ou risquée, il progressera lentement. Il faut donc former les architectes, promoteurs, entreprises, bureaux de contrôle et l’ensemble de la chaîne. Plus ces acteurs seront familiarisés avec ces pratiques, plus elles entreront dans la routine des projets.

Là aussi, l’enjeu est celui de la visibilité. Beaucoup ignorent qu’il existe des matériaux de réemploi de qualité, ou qu’ils peuvent être intégrés dans des projets immobiliers sans renoncer à la performance ni à l’esthétique. Il faut donc mieux montrer, mieux documenter, mais aussi mieux raconter ces réalisations. La confiance naît aussi de l’exemple.

Le secteur de la construction est souvent présenté comme difficile à transformer alors que les marges de progrès sont immenses ! L’économie circulaire n’est en rien une solution miracle mais elle peut devenir un levier puissant à condition de ne pas la réduire à un simple slogan. Elle doit être inscrite dans les modèles économiques, les règles du jeu et l’organisation concrète des filières. C’est à cette condition qu’elle pourra passer du statut d’expérimentation prometteuse à celui de nouvelle norme de la construction.

Un professeur reconnu et convaincu

Professeur de géographie économique et de management environnemental à l’IÉSEG, Sébastien BOURDIN cherche à comprendre comment les entreprises, les collectivités et les acteurs locaux peuvent transformer leurs pratiques pour répondre à des contraintes à la fois écologiques, économiques et sociales.

Ses travaux de recherche portent sur les transformations des territoires face aux grandes transitions contemporaines, en particulier la transition écologique, l’économie circulaire, les politiques territoriales et les modèles de développement plus soutenables.

Cet article a été rédigé par Luna Créations pour le magazine IÉS, le magazine de IÉSEG Network, l’association des diplômés de l’École.