Roman Rozier : la musique comme philosophie de vie
Étudiant en 3e année du Programme Grande École à l’IÉSEG, Roman ROZIER est aussi pianiste au conservatoire régional de Paris et compositeur de musique. Il nous parle de son parcours en tant que musicien, loin d’être un long fleuve tranquille, contrairement aux apparences.
En janvier 2026, Roman a marqué les esprits en faisant don d’un piano à l’École. Installé sur le campus de Paris-La Défense, l’instrument de musique est accessible à tous les étudiants, les professeurs et le personnel administratif. Son inauguration a rencontré un succès immédiat. “Plein de personnes, de tous les niveaux, viennent jouer du piano. Il y en a même qui restent jusqu’à 20h pour s’entraîner, et d’autres qui font des duos. Ça crée du lien et ça apporte encore plus de vie au campus”, s’enthousiasme Roman.

Une passion née très tôt et un parcours exigeant
Pour Roman, la musique n’a rien d’une découverte récente. Dès l’âge de 5 ans, ses parents l’inscrivent au conservatoire municipal à Paris. “Je m’amusais à pianoter sur le clavier numérique de mes parents, même si je n’avais pas vraiment le droit… je le faisais quand même car je trouvais ça amusant,” partage-t-il. Il faut dire que la musique coule dans les veines de sa famille : son père est clarinettiste et saxophoniste, et sa tante est cheffe de chœur à l’Opéra du Caire.
À 7 ans, Roman doit choisir l’instrument qu’il souhaite étudier au conservatoire. Le piano lui semble être une évidence, mais la compétition est rude. “Il y avait un classement et il fallait être dans les 20 premiers sur 150 personnes pour avoir le piano. J’avais obtenu une des dernières places”, explique-t-il. Une sélection précoce qui lui ouvre les portes d’un parcours exigeant : “Si on ne rentre pas dans un conservatoire quand on est petit, au plus tard à l’âge de 10 ans, c’est quasiment mission impossible d’y rentrer par la suite, car le niveau est très élevé.”
Le conservatoire impose un rythme intense : 13 à 14 années consécutives de solfège obligatoire, des cours de chorale, et surtout, l’exigence permanente de la perfection. « Les professeurs sont très exigeants au conservatoire et on a toujours l’impression que, même si on s’entraîne 4 heures par jour, le résultat n’est jamais assez bon », explique-t-il. « Vers l’âge de 14 ans, je dois dire que j’en ai eu un peu marre, » mais après cette période de lassitude et de doutes, la passion du piano ressurgit, encore plus forte. A 17 ans, Roman découvre une nouvelle facette de son art : la composition.
La composition, création libératrice
Contrairement à l’interprétation classique qui est par nature contraignante, la composition offre à Roman une liberté totale. « J’aime la liberté qu’il y a dans la composition. Ça n’a rien à voir avec l’interprétation d’un morceau qu’on nous impose de jouer. » Inspiré par Sofiane Pamart, pianiste français qui a révolutionné l’image de la musique classique en cassant les codes, Roman aimerait à son tour « laisser une trace, quelque chose de fort et durable dans le monde musical » à travers ses compositions. « J’aimerais que l’on démocratise d’autant plus la musique classique, et que peu importe la classe sociale, tout le monde puisse écouter, se saisir de cette musique et l’apprécier ».
Aujourd’hui, Roman compte près de 250 000 abonnés sur le réseau social TikTok où il se filme en train de jouer du piano dans des lieux publics, et déjà plus de 170 000 écoutes sur Spotify, mais il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

Conjuguer les études supérieures et le conservatoire : des sacrifices au service de la détermination
En 2024, il tente le concours d’entrée au conservatoire régional de Paris. Un concours très exigeant avec deux morceaux imposés et un déchiffrage en direct : « On n’a même pas 30 secondes pour regarder la partition et on doit jouer le morceau directement devant le jury. » Malgré un premier échec, Roman n’abandonne pas et retente le concours l’année suivante. C’est ainsi qu’il décroche sa place à la rentrée de septembre 2025.
Mener de front des études en école de commerce et un cursus au conservatoire régional relève du défi quotidien. Grâce à son statut d’étudiant artiste, Roman bénéficie d’une certaine flexibilité sur son emploi du temps, mais cette conjugaison implique nécessairement quelques sacrifices. « Avant je m’impliquais dans la vie associative, j’étais membre du Bureau des Étudiants, et je sortais le soir avec mes amis. Maintenant, tout ça est terminé car je préfère me concentrer sur le piano. Ce n’est pas toujours facile de refuser d’aller au bar avec mes amis, mais j’ai décidé de m’engager pleinement dans ma réussite au conservatoire. »
Pour Roman, l’IÉSEG représente un équilibre entre une formation généraliste qui peut lui ouvrir de nombreuses portes et la poursuite de sa passion musicale. Il se projette dans un avenir qui marierait ses deux passions. « L’idéal, ce serait de vivre à plein temps en tant que compositeur, de travailler avec des artistes chanteurs, en ayant monté ma boîte de production, notamment grâce aux connaissances que j’aurais acquises à l’IÉSEG », confie-t-il, « ou bien de travailler dans le département marketing d’un grand label de musique. » Malgré le côté atypique de son profil et de son rêve de compositeur, il part du principe que « si j’ai un rêve et que j’y pense tous les jours de la semaine, alors je crois que ça doit être réalisable. »
La musique comme philosophie de vie
Au-delà de la technique et de la performance, la musique représente pour Roman un exutoire, un moment hors du temps lui permettant de souffler. « Le piano a ce pouvoir de véritablement me déstresser. Le fait de faire une pause et juste jouer, ça me détend. C’est comme une séance de sport finalement ! Quand on a des milliers d’heures de pratique à son actif, au bout d’un moment, ce ne sont plus nos doigts qui jouent. C’est vraiment toute notre âme et tout notre corps. »