[Faculty in the Spotlight] Pratik GOEL, professeur de comptabilité financière
À l’IÉSEG, les professeurs inspirent, challengent et accompagnent des centaines d’étudiants chaque année. Chaque mois, nous rencontrons un membre du corps professoral pour découvrir son parcours, sa vision, sa philosophie d’enseignement et ce qui le motive profondément. Ce mois-ci, nous avons rencontré Pratik GOEL, qui enseigne le comptabilité financière sur le campus de Paris depuis 2016.
Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours ?
Je suis né à New Delhi, en Inde, où j’ai étudié l’économie à l’Université de Delhi. Je suis ensuite parti à l’Université de Glasgow, en Écosse, pour y suivre un master en gestion des risques financiers. J’ai ensuite entrepris un doctorat, dans le cadre duquel j’ai passé ma première année à l’INSEAD — six mois en France et six mois à Singapour. Au total, mon doctorat a duré cinq ans. J’ai ensuite rejoint l’IÉSEG en 2016.
Avant de me consacrer à l’enseignement supérieur, j’étais très impliqué dans des programmes sociaux en Inde. J’ai notamment été enseignant bénévole dans le cadre du programme « Teach India English for Employability », organisé avec le soutien du British Council. J’intervenais dans les quartiers défavorisés de Delhi pour dispenser des cours d’anglais oral à de jeunes adultes. J’ai également animé des ateliers de développement de la confiance en soi auprès de jeunes femmes issues de milieux défavorisés. Ces expériences m’ont profondément marqué et m’ont fait prendre conscience de l’impact qu’un enseignant peut avoir.
Et pourquoi avoir choisi IÉSEG ?
Tout d’abord, j’accorde beaucoup d’importance à l’énergie que je ressens au contact des personnes que je rencontre. Lors de mon entretien à IÉSEG, je me suis tout de suite senti à ma place. J’ai perçu un environnement de travail positif et international. L’école était en plein développement et j’avais envie de prendre part à cette aventure. La deuxième raison, c’est Paris. Lorsque j’étais à l’INSEAD pendant ma première année de doctorat, je suis tombé amoureux de la ville. C’était mon rêve de venir y vivre !
Qu’enseignez-vous à IÉSEG ?
Depuis que j’ai rejoint l’école, j’enseigne principalement deux cours : la comptabilité financière et l’analyse des états financiers, auprès d’étudiants en Bachelor, en Master et dans les programmes PGP.
La comptabilité financière, c’est avant tout apprendre à parler le langage de l’entreprise. Imaginez la vie quotidienne d’une entreprise : elle vend des produits, achète du matériel, verse des salaires, loue des bureaux… La comptabilité financière consiste à prendre tout ce foisonnement d’activités et à le transformer en une information structurée et normalisée — un peu comme si l’on transformait ce chaos en albums photos bien organisés. Il s’agit de communiquer, sous un angle financier, sur l’activité de l’entreprise auprès de ses différentes parties prenantes.
Prenons un exemple concret : imaginons que vous ouvriez un stand de limonade. Le premier jour, vous achetez des presse-agrumes, du sucre et des gobelets. Si vous consultez votre relevé bancaire, vous pourriez penser que votre entreprise a perdu de l’argent. Mais la logique comptable nous dit que l’argent dépensé pour acheter les presse-agrumes ne constitue pas une perte : c’est un actif, car ces presse-agrumes vont continuer à générer des revenus pendant plusieurs années. La comptabilité financière consiste justement à comprendre cette logique et à la communiquer efficacement aux parties prenantes, notamment aux investisseurs.
Le cours d’analyse des états financiers consiste, quant à lui, à découvrir l’histoire qui se cache derrière l’album photo. Que nous disent ces chiffres financiers sur la performance et la santé d’une entreprise ? Les étudiants trouvent souvent surprenant qu’une entreprise puisse enregistrer d’excellentes ventes et disposer d’un très bon produit, tout en se retrouvant à court de liquidités et en faisant faillite. Dans ce cours, j’apprends aux étudiants à développer leur intelligence financière, à détecter suffisamment tôt un problème de trésorerie et à prendre les mesures correctives nécessaires avant qu’il ne soit trop tard.
Même si la comptabilité souffre parfois d’une réputation de « matière ennuyeuse », je dis à mes étudiants que la trésorerie est le nerf de la guerre d’une entreprise. Si vous n’avez pas suffisamment de liquidités, il vous est impossible de faire fonctionner une entreprise. Et sans création de valeur pour ses parties prenantes, il est impossible de réussir. Ces cours sont indispensables : même si vous ne faites pas carrière dans la comptabilité ou la finance, tout professionnel du monde des affaires doit maîtriser un minimum les notions comptables pour réussir.
Comment intégrez-vous l’IA dans vos cours ?
Je dis à mes étudiants de considérer l’IA comme une alliée et une guide. En cours, si nous réalisons deux exercices pratiques, je leur indique par exemple le prompt à utiliser pour en générer cinq autres et continuer à s’entraîner. La comptabilité est une matière très pratique : les étudiants ont toujours besoin de davantage d’exercices, et l’IA peut les aider à en créer. Mais je leur rappelle toujours de l’utiliser avec un esprit critique.
En matière d’évaluation, les examens en ligne sont devenus plus difficiles à organiser, et nous avons donc recours de plus en plus aux examens sur papier. En revanche, pour le travail de groupe du cours d’analyse des états financiers, dans lequel les étudiants choisissent deux entreprises réelles et réalisent une analyse financière approfondie, j’ai intégré l’utilisation de l’IA de manière responsable.
Les étudiants commencent leurs recherches en utilisant l’IA pour obtenir un premier point de départ, mais ils doivent ensuite s’appuyer sur les rapports annuels des entreprises pour trouver des exemples concrets permettant d’étayer leur analyse. Ils réalisent également leurs calculs sur Excel et remettent les fichiers correspondants. L’IA est ainsi utilisée comme un outil complémentaire à leur propre travail de recherche, dans une démarche responsable et vérifiable fondée sur l’esprit critique.
Quelles méthodes pédagogiques utilisez-vous ?
J’utilise une grande variété de méthodes. J’ai publié six ou sept études de cas mettant en scène des entreprises réelles ou fictives. Dans mon cours d’analyse des états financiers au niveau PGP, j’invite également un professionnel expérimenté du monde de l’entreprise pour la dernière séance. Les étudiants y présentent leurs travaux de groupe et bénéficient des commentaires en direct d’un professionnel qui les évalue comme il le ferait dans un contexte professionnel.
Pour favoriser la participation en classe, j’utilise Wooclap, qui permet à tous les étudiants de participer — notamment les plus timides, qui connaissent souvent la réponse mais n’osent pas prendre la parole. L’outil permet également de gamifier l’apprentissage : plutôt que d’afficher directement la solution sur une diapositive, je propose un quiz dans lequel les étudiants s’affrontent et peuvent suivre en direct le classement. Cela crée de l’enthousiasme et maintient leur attention.
J’utilise également la méthode de la classe inversée. Avec mes collègues, nous avons développé des modules d’e-learning grâce auxquels les étudiants découvrent la théorie chez eux, tandis que le temps passé en classe est consacré aux exercices pratiques et aux études de cas.
J’encourage aussi les étudiants à prendre des notes manuscrites, en particulier les étudiants de Bachelor. De nombreuses études montrent que l’écriture à la main favorise une meilleure mémorisation et un meilleur traitement cognitif des informations, ce qui me semble d’autant plus important à l’ère du numérique. Pour les étudiants plus avancés, je les encourage également à le faire, mais je leur laisse le choix : mon rôle est de leur montrer la voie.
Que vous inspirent les valeurs de l’IÉSEG ?
Tout à fait ! Les valeurs de solidarité et d’engagement me parlent particulièrement. Je tiens à participer activement à la vie de l’école. L’accomplissement est également une valeur à laquelle j’accorde beaucoup d’importance. Je récompense les étudiants qui travaillent dur et je leur dis que je vois leurs efforts et que je suis fier d’eux.
Je suis généralement assez strict avec les étudiants de première et de deuxième année. Si le cours commence à 9 h, je ferme la porte à 9 h. Pas de téléphone portable, pas d’ordinateur portable : ils prennent leurs notes à la main.
Avec les étudiants des programmes postgraduate, je suis plus souple concernant l’utilisation des outils numériques, même si je reste ferme sur la ponctualité. Dans leurs évaluations, les étudiants écrivent souvent que je peux être exigeant, mais qu’ils comprennent pourquoi : parce que je veux sincèrement qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Et, pour moi, c’est tout ce qui compte.