Retour

Anna BURET : “Gagner Pékin Express avec mon père, c’est mon rêve depuis que j’ai 12 ans !”

Anna BURET est née en 2006, la même année que « Pékin Express ». Pendant deux décennies, elle grandit avec l’émission, rêvant de parcourir ces routes lointaines. Mais ce n’était pas un rêve solitaire : dès 12 ans, elle veut vivre cette aventure avec son père et partager ensemble les défis, l’émerveillement et cette alchimie particulière que seul « Pékin Express » sait créer.
À 18 ans seulement, étudiante à l’IÉSEG, Anna vient de transformer ce rêve d’enfance en réalité. Elle devient la plus jeune gagnante de l’histoire du programme, inscrivant son nom parmi les binômes qu’elle suivait, enfant, depuis son canapé. Ce n’est pas juste un trophée qu’elle ramène, c’est la preuve qu’on peut oser rêver grand, et que parfois, les rêves de petite fille deviennent les plus belles aventures d’une jeune femme.
Dans ce premier article, Anna nous fait (re)vivre ses meilleurs souvenirs, quelques semaines après la fin de sa folle aventure.

Anna BURET, que représente « Pékin Express » pour vous, et pourquoi souhaitiez-vous vivre cette aventure avec votre père ?

Faire « Pékin Express », c’est mon rêve depuis que je suis toute petite ! Je suis née la même année que l’émission, et je la regardais chaque année avec ma grand-mère, qui est fan. A 12 ans, j’en parle à mon père pour la première fois, en lui demandant qu’on s’inscrive ensemble. Mon père me regarde en rigolant et me répond : « Tu n’as que 12 ans, l’âge minimum pour s’inscrire est 18 ans, on verra à ce moment-là si c’est toujours ton rêve ! ». Je pense que, secrètement, il pensait que j’allais oublier… Mais non !

Dans la famille, nous avons une tradition : à nos 18 ans, mon père réalise avec chacun de ses enfants son vœux le plus cher… Et donc, je lui ai dit : « Je veux faire Pékin Express avec toi ». Quand j’étais plus jeune, mon père avait un poste à responsabilité dans une grande entreprise et il travaillait alors sur Paris. Nous ne le voyions que les week-ends, et cela m’a beaucoup touchée : si tous les moments qu’on passait ensemble étaient de grande qualité, il n’y en avait pas assez… Je voulais donc passer du temps seule avec lui, peut-être comme pour récupérer ce temps perdu.

Comment se passe le processus de sélection ?

On l’a vécu de manière très sereine, car on n’avait absolument pas conscience du fonctionnement de la télé. Déjà, on a appris que les producteurs avaient bloqué les inscriptions à 40 000 candidatures, c’est hallucinant ! Quand nous sommes appelés pour une première sélection avec un casteur, on est étonnés mais on se donne à fond. Quand on nous rappelle pour venir rencontrer l’équipe sur Paris, on ne comprend toujours pas, mais on joue le jeu à fond et on s’amuse. On part en tenues d’aventuriers, on prend des sacs rouges sur lesquels on colle nos noms… A Paris, on comprend vite que les casteurs ont besoin d’un storytelling, de binômes dans lesquels chaque téléspectateur doit pouvoir se reconnaître. Le papa qui est absent de la maison, les parents qui travaillent beaucoup, ça parle ! Enfin, après une série de tests médicaux, on apprend en juin qu’on est sélectionnés parmi les 10 binômes de l’aventure 2026… et qu’on part dès septembre !

Le problème, c’est qu’on ne sait pas où… Tout ce qu’on reçoit, c’est une liste de choses à emporter. On nous a simplement indiqué qu’il ferait entre 10 et 30°… et que tout doit tenir dans un sac, LE sac « Pékin Express » ! Ce sac est mythique. On le gardera toute notre vie !

Vous préparez vos affaires, vous prenez l’avion, mais vous ne savez toujours pas où vous allez…

C’est ce qui fait ce charme si particulier de cette aventure : on ne sait rien. Avec mon père, on était persuadés qu’on partirait en Amérique latine, alors pendant tout l’été, on a révisé notre espagnol. Au final, on arrive à l’aéroport, on découvre qu’on a une escale à Doha ! L’extrême opposé… L’Asie ! J’étais trop contente, je n’avais jamais voyagé là-bas, mais surtout, on n’avait jamais pensé au Népal.

L’adrénaline monte, c’est ça que j’adore, ça me fait vibrer. Du Népal, je ne sais rien. À part l’Everest et l’Himalaya, je ne connais rien de leur culture, de ce qu’ils mangent, comment ils vivent. Quand on arrive sur place, Stéphane ROTENBERG nous annonce enfin le parcours : le Népal, la Chine et la Thaïlande. C’est magique ! On a les yeux qui brillent, mais on regarde quand même les autres binômes, qui sont tout autant déterminés que nous, et qui ont l’air super forts ! Je me dis : « Le Népal, c’est déjà super, on va en profiter à fond, et on verra bien combien de temps dure l’aventure. ». En fait, le Népal a été mon plus gros coup de cœur.

Pourquoi ? Qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans ce pays ?

L’accueil qu’on a reçu. À Katmandou, il y a très peu de touristes et on a été plongés immédiatement dans une culture complètement différente de la nôtre. Quel choc ! Nous n’avions rien à leur offrir, et pour autant nous n’avons jamais été aussi bien accueillis. Ces familles n’ont rien : le toit fuit, elles préparent les repas et mangent par terre, elles dorment par terre, et pourtant, on a passé des soirées de partage extraordinaires. Ces familles ont découvert une jeune blonde aux yeux bleus, elles n’en avaient jamais vu ! Les femmes ont adoré m’habiller, me maquiller, on a dansé, on a partagé leur culture, c’était incroyable. Et, de manière assez inattendue, ils parlent bien anglais, surtout les plus jeunes, ce qui a facilité les échanges.

La soirée la plus marquante que j’ai passé au Népal, c’est la première. On sort de la voiture et on croise 2 écolières qui rentrent de l’école. On leur demande si leur famille peut nous héberger. Elles reviennent 10 minutes après et nous emmènent chez elles. On va vivre une soirée de folie : 3 générations vivent dans cette maison, on nous fait visiter le temple à côté, on va à l’école des filles et on joue au foot avec les enfants népalais, on m’habille en Népalaise et on m’apprend les danses locales, on partage un bon repas… A ce moment-là, je prends du recul : tout est là, c’est pour vivre ces moments que j’ai voulu faire Pékin Express.

Nous avons vécu 5 étapes au Népal, donc environ 2 semaines. Ce furent 2 semaines magiques. Des paysages à couper le souffle, un trek exceptionnel dans l’Himalaya, j’étais vraiment très heureuse. Avec, aussi, des moments difficiles à vivre, car c’est là que mon père s’est blessé aux genoux… Je l’ai vu souffrir, et cela m’a fait beaucoup de peine de le voir autant souffrir. Mais mon père est tenace et très persévérant, on a donc décidé de continuer étape par étape, au maximum de nos capacités… Et il a tenu ! Aujourd’hui encore, plus de 7 mois après l’aventure, il a encore mal et va devoir se faire opérer… Il a tout donné pour moi, je ne pensais pas qu’il irait aussi loin pour réaliser mon rêve et cela me touche énormément.

Après d’aussi belles rencontres, d’aussi beaux paysages, vous arrivez en Chine… Quel souvenir gardez-vous de ce pays ?

En Chine, c’est la douche froide ! On arrive dans une région magnifique, mais personne ne parle anglais ! La première fois qu’on fait du stop, j’arrête une voiture en disant « Hello, can you drive us ? ». Mais là, rien ! Alors on mime, on s’est énormément améliorés en mime durant toute la Chine. En plus, ils ne sont pas habitués à voir 2 personnes au milieu de la route, faire des petits bouchons, aller toquer à la fenêtre des gens pour être pris en stop, ou pour dormir chez eux. Pour eux, c’est impensable, ils sont tellement cadrés, carrés dans leur tête, qu’on est vraiment des étrangers, et ils nous regardent de haut en nous faisant des gestes pour ne pas les approcher. C’était très dur de créer du contact, c’est en Chine que le mental a été le plus important.

Nous sommes restés 10 jours en Chine, dans une ambiance complètement différente. En termes de paysages, c’est clairement le plus beau des 3 pays. J’ai eu l’impression de vivre dans un dessin animé. C’était tellement authentique, vraiment impressionnant, à couper le souffle. Cela nous a vraiment donné envie d’y retourner. En revanche, quand vous êtes pris en stop ou quand vous arrivez chez les familles le soir, mais que personne ne parle anglais et qu’il n’y a donc aucun échange, c’est très long. Mais ce que j’ai découvert, c’est que même sans parler, on réussit à s’ouvrir et partager avec les autres grâce au regard.

Vous avez quand même réussi à y faire une très belle rencontre…

Nous avons eu la chance de rencontrer Yuan Xin, qui parlait très bien anglais et qui va nous faire vivre une séance de méditation hors norme. Avec des bols, elle crée des sons qui résonnent, et on prie pour les personnes malades dans le monde, pour notre bonheur, pour nous… On fait cette séance sur le toit de sa résidence, on a vu une vue magnifique sur toute la ville. Ce mélange d’un temps très fort spirituellement et de ce paysage exceptionnel en fait un temps suspendu. Yuan Xin a réussi à me mettre dans un état de relaxation très intense. Pendant quelques heures, j’ai oublié la course, je me suis profondément ressourcée, et je pense que si le lendemain on gagne l’épreuve, ce n’est pas un hasard !

Enfin, vous arrivez en Thaïlande, et là, tout devient différent.

En Thaïlande, on entre dans la dernière ligne droite, alors tous les binômes se mettent à rêver de la finale et on passe en mode compétition… On prend moins le temps de sympathiser avec les personnes qu’on rencontre, c’est vraiment la course. La dynamique est très différente, plus stressante. On n’avait jamais imaginé, avec mon père, qu’on irait en finale. Alors forcément, on commence à se projeter.

Mais on continue de faire des rencontres magiques. L’une des épreuves se fait en groupes de deux binômes, et nous devons donc trouver un logement pour 4. On est finalement accueilli par le chef de la police locale, dans sa toute petite maison. Il nous habille avec ses uniformes de policier, ses gilets, sa casquette…, il nous apprend à marcher au pas, à faire le salut, et si on n’y arrive pas, on doit faire des pompes. Il était hyper investi ! C’était très drôle, il nous a préparé un super repas, on a mangé tous ensemble… C’était quelque chose de complètement improbable… C’était Pékin Express !

Quand on arrive en finale, à Bangkok, c’est une immense fierté. On se dit qu’on est tellement proche de la victoire ! En face, nos concurrentes sont hyper fortes, mais la finale se termine le jour de l’anniversaire de mon père, toutes les étoiles sont alignées, on donne tout pour que ce 5 octobre-là soit le plus beau de sa vie. Après tous les efforts qu’il a accomplis pour moi, je veux que ce soit le plus beau cadeau que je puisse lui offrir.

La finale, c’est très difficile. Ce sont plein d’épreuves très différentes, il faut savoir s’adapter à tout ce qui est demandé. On doit manger de la nourriture infâme, sauter dans le vide de 300m de haut, sauter à l’élastique de plus de 60m, bref plein d’épreuves de fou ! Et avec mon père, on se rend compte que ce n’est qu’une question de mental, rien n’est impossible. Alors on fait tout. Donnez-moi n’importe quoi à manger, je le mange. Vous voulez que je saute ? Dites-moi où et je saute. Cela aurait été tellement bête d’avoir fait 45 jours de stop à fond et d’avoir tout donné, pour finir en ayant peur !

Le 5 octobre, le sprint final commence dans la nuit. Comment vivez-vous ces derniers instants ?

Le sprint final commence vers 20 h, il fait nuit, il y a du monde partout, on se croirait à New York ! On n’a pas de carte de Bangkok, on stresse à fond, il y a des bouchons partout, on court dans toute la ville, on se donne au maximum. On n’est jamais sereins, car on ne sait jamais où se trouve l’autre binôme, on vit un stress constant. Et tout à coup, on arrive dans la dernière ligne droite, et là, on se rend compte que la bâche n’est pas déchirée. On est les premiers, on sait qu’on a gagné.

C’est un mélange de tellement d’émotions que c’est très difficile à décrire. Un mélange d’adrénaline, de stress qui redescend, de fierté, de bonheur, de tristesse, de tellement d’autres choses aussi. On n’en revient pas. J’ai l’impression d’avoir un black-out complet tellement ce moment de l’arrivée est intense. Toute l’équipe, tous les caméramen sont habillés en noir, on ne voit personne et il n’y a aucun bruit. On était vraiment seuls, c’était juste notre moment à deux, un moment magique, unique, qui restera gravé toute notre vie au fond de nous.

Comment votre mère a-t-elle vécu l’aventure, de son côté ?

Au début, vu le nombre de candidats, ma mère n’y croyait pas. Ensuite, quand elle a su qu’on allait partir, elle était très fière de nous, très heureuse pour nous deux mais aussi très stressée. Cela a été compliqué pour elle, car pendant les 45 jours de course, nous ne pouvions l’appeler que 3 minutes chacun par semaine, c’était très court.

Je pense qu’elle a beaucoup plus stressée pendant la diffusion de l’émission, une fois qu’on était rentrés en France, car c’est là qu’elle a vu sa fille sauter de 60m de haut, qu’elle nous a vu courir sur des petites routes pour arrêter des voitures qui roulaient à 70 km/h, qu’elle a découvert mon malaise, la blessure de mon père… bref qu’elle s’est vraiment rendu compte de tout ce qu’on avait vécu ! Même moi, parfois, je me suis fait peur en me revoyant. Alors quand je me retourne et que je croise son regard, je vois un mélange de peur mais aussi de fierté. C’est notre plus grande fan.

Avec le montant remporté, vous avez décidé d’accompagner Adish, un jeune garçon rencontré au Népal. Pourquoi ?

Là encore, c’est une rencontre magnifique. Ce petit garçon, on l’a rencontré quand on était sur le bord d’une route, et au début on ne l’avait même pas remarqué. Adish était au balcon de son appartement, et il nous a regardé avec ses grands yeux pleins d’amour, alors qu’on ne lui avait pas adressé un seul mot. Il est descendu nous chercher pour nous inviter à dormir chez lui. Adish était extrêmement touchant, il a une dizaine d’années et sa famille vit vraiment dans un dénuement total. Ces gens n’ont rien matériellement, mais ils vivent tellement heureux ! Il est très intelligent, mon père a joué aux échecs contre lui et il s’est fait battre à chaque partie. Il nous a beaucoup touchés, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir rencontré mon petit frère. Et comme, en plus, il parle très bien anglais, on est restés en contact et on se parle encore très souvent. Je lui montre un peu la France, comment on vit…

C’est mon père qui a eu cette idée, car il s’est énormément investi dans les causes humanitaires. À 17 ans, il est parti construire une école au Burkina Faso, par exemple. C’est quelque chose qui le touche. Quand on est rentré, il m’a demandé si j’étais d’accord pour accompagner Adish dans la durée, car ce sera pour lui un très beau cadeau, le minimum qu’on puisse faire quand on a vécu une aventure comme « Pékin Express » et qu’on a reçu tellement de gentillesse, de bonheur tout au long de ces rencontres. Il le mérite tellement.

Maintenant que vous avez gagné « Pékin Express », qu’allez-vous faire ?

C’est une vraie question. Déjà, il m’a fallu plusieurs semaines pour digérer cette aventure. Mais quand vous vous retournez et que vous vous dites : « A 18 ans, j’ai accompli mon rêve et j’ai gagné Pékin Express », ça fait un vide. Moi, j’ai besoin d’objectifs pour me stimuler, pour être heureuse. Le contre-coup a été difficile, mais je me suis tout de suite remise en mouvement. Aujourd’hui, je suis en stage chez Decathlon et j’adore ce que je fais. Ensuite, avec l’IÉSEG, je vais partir en échange académique en Colombie le semestre prochain, et je vais m’inscrire au semi-marathon de Bogota.

Je sais que j’ai encore plein de belles choses à vivre. Je suis nostalgique, mais absolument pas triste que « Pékin Express » soit terminé. Pour nous, ça s’est fini d’une manière extraordinaire, une apothéose que je ne m’attendais absolument pas à vivre. Aujourd’hui, j’ai seulement 19 ans, je sais qu’il y a encore plein de choses qui m’attendent, plein de voyages, plein de rencontres à venir. Je vais découvrir dans quelques semaines un nouveau continent, l’Amérique latine, j’ai trop hâte ! C’est comme ça que je me sens vivante.


A venir – Anna BURET : “Avant Pékin Express, je ne savais pas que j’avais autant de détermination en moi !”