Anna BURET : “Avant Pékin Express, je ne savais pas que j’avais autant de détermination en moi !”
Retour avec Anna BURET, étudiante à l’IÉSEG et plus jeune gagnante de l’histoire de « Pékin Express ». Après nous avoir raconté son aventure, elle nous raconte maintenant comment cette expérience hors du commun a transformé sa vision de la vie et façonne désormais son parcours d’étudiante et ses ambitions pour l’avenir.
Quand vous candidatez à Pékin Express, vous êtes étudiante à l’IÉSEG depuis quelques mois seulement… Et pourtant, l’École vous accompagne dans votre décision.
Je me suis inscrit à « Pékin Express » à peine quelques mois après avoir intégré l’IÉSEG, à 18 ans. En même temps, à l’École, on nous apprend au quotidien ce goût d’entreprendre, de l’aventure et de l’international, on nous encourage à réaliser nos rêves. Tout ce qu’on retrouve dans « Pékin Express » ! Tout le monde, autour de moi, m’encourage.

Au début du processus de candidature, je n’avais aucune information sur la date de tournage, le lieu… et la durée ! Au début, je pensais que le tournage se ferait l’année suivante, mais quand fin juin j’ai appris qu’on partait de fin août à début octobre, j’ai presque paniqué ! J’ai donc très vite demandé un entretien avec ma tutrice pédagogique, qui était une fan de l’émission ! Alors quand elle a appris pourquoi je souhaitais la rencontrer, elle m’a énormément soutenu pour que j’aie le feu vert de l’École pour partir… à condition que j’assume mon départ et, qu’à mon retour, je passe mes examens comme tout étudiant.
Pour moi, c’était le problème d’après, et je me suis donc concentrée à fond sur la course et l’aventure…
Ce que je n’avais pas du tout prévu, c’est qu’on gagnerait la compétition, et qu’en plus des émeutes au Népal rallongeraient le tournage de plusieurs jours. J’ai donc dû passer mes premiers partiels moins d’une semaine après mon retour en France ! Ce fut un retour brutal à la réalité du quotidien, et je ne remercierai jamais assez mes amies très studieuses qui m’ont partagé leurs fiches et m’ont permis d’être – presque – au niveau pour les partiels. Je n’ai eu finalement qu’un seul rattrapage – en Espagnol, et j’ai ensuite mis un très gros coup de collier pour rattraper mon retard les semaines suivantes, jusqu’à la fin du semestre.
Comment se passe, ensuite, le retour à l’École ?
Quand j’arrive, en octobre, je découvre ma classe. Je ne connaissais pas grand monde, et les autres étudiants ne comprenaient pas pourquoi j’arrivais presque 6 semaines après eux… Et en plus, je ne pouvais rien leur dire ! C’était très compliqué au début… Heureusement, j’ai vite recréé mon groupe d’amis, il n’y a eu aucun jugement, et quand M6 a commencé à diffuser l’émission, tout le monde a compris.
Recevoir autant de la part de familles qui vivent dans le dénuement total sans avoir rien à offrir en échange, n’est-ce pas parfois compliqué ?

La découverte de nouvelles cultures, de nouvelles façons de vivre, ce partage permanent, c’est ça qui fait la richesse de « Pékin Express » et c’est vraiment pour cela que je voulais vivre cette émission. Nous avons toujours été très bien accueillis, et surtout au Népal. Mais au début, cela nous mettait vraiment mal à l’aise ! On voyait ces familles qui n’avaient pas un sou et qui, pour autant, nous faisaient des repas délicieux, découvrir des plats inattendus… Ils nous resservaient, c’était exquis… et pendant ce temps, eux nous regardaient manger car nous étions leurs invités, et ils nous mettaient sur un piédestal ! On devait presque les implorer de venir manger avec nous pour qu’on ait vraiment l’impression de partager tous ensemble ce repas et ce temps d’échanges !
Nous n’avions pas le droit de leur offrir quoi que ce soit. J’avais quand même fait des petits bracelets tressés, j’avais ramené des bulles pour les enfants, mais c’est vraiment tout… Et, quand on découvre qu’ils n’ont pas besoin de beaucoup de choses pour vivre heureux, quand on compare avec nos modes de consommation et nos besoins d’acheter sans cesse, on relativise énormément notre mode de vie.
Même blessé, votre père réussit à finir l’aventure avec vous. Comment est-ce qu’on tient le coup physiquement dans une telle aventure ?
Bien sûr, il faut être sportif, mais je n’ai jamais fait du sport de haut niveau, mon père non plus. Même en étant blessé au genou, nous avons réussi à gagner. Ce n’est pas une compétition sportive, il faut savoir tenir le rythme, être dans une bonne forme physique, mais cela ne fait pas tout. Certains binômes étaient beaucoup plus forts que nous, beaucoup plus physiques. Finalement, on se rend compte que, comme en entreprise, comme dans les études, c’est le mental qui fait tout.
Il faut apprendre à s’écouter, à gérer ses émotions et la durée. 45 jours, c’est très long, et c’est pour cela qu’on ne s’est jamais projeté sur la fin de l’aventure… Au début, notre rêve était de participer à « Pékin Express ». Ensuite, notre rêve était d’aller au Népal. Puis il a été d’aller en Chine, puis de voir la Thaïlande, et enfin de rejoindre la finale. On a vécu cette aventure séquence par séquence, étape par étape. Nous avions des objectifs à court terme, plus facile à tenir moralement et moins fatiguant nerveusement.
Comment vous êtes-vous démarqués des autres binômes ? Qu’est-ce qui faisait votre force ?

Avec mon père, nous avons toujours été très calmes. Nous ne sommes pas des impulsifs, on ne criait pas dans tous les sens, contrairement à d’autres binômes. Dans « Pékin Express », on est dans le stress permanent, mais quand on cherche une voiture pour faire du stop, il faut absolument garder son calme.
La gestion du stress, cela restera un vrai apprentissage de cette aventure. Même si pour moi, stress a toujours été synonyme de détermination, parfois, sans le vouloir, on panique. Heureusement, mon père a quelques années de plus que moi, et il sait comment prendre du recul, c’était précieux.
Enfin, nous avons été un binôme très équilibré, ce qu’on n’a pas toujours vu à la télévision. La production m’a souvent montré en train de tenir le binôme grâce à mon énergie, mais je dois tellement à mon père, car sans lui, je ne serais jamais allée jusqu’au bout. Dans mes coups de moins bien, qu’on a tous eu à un moment ou à un autre de l’aventure, mon père a toujours réussi à me motiver. On n’était pas plus fort que les autres. Mais on a eu cet équilibre qui nous a permis de réussir et d’aller loin ensemble.
Savoir gérer son binôme, apprendre à cohabiter, savoir gérer son père, c’est aussi un élément majeur pour réussir ?
C’est essentiel ! Apprendre à bien savoir communiquer ensemble, à s’écouter, c’était notre plus grande force. Avant de partir, on avait imaginé un mot rouge entre nous, et quand un de nous deux dirait « cracotte », cela signifierait qu’il faudrait tout de suite arrêter car on serait à bout, redescendre et s’écouter. Mais finalement, on n’en a même pas eu besoin. Evidemment, parfois, on s’est un peu crié dessus, notamment quand il a perdu la carte et qu’on a perdu 2 h sur le bord de la route. Mais en fait, on se rend compte que cela ne sert à rien de s’énerver, si ce n’est à perdre encore plus de temps… Alors je suis allée prendre l’air, j’ai soufflé et après, on repart !
Autre source de perte de temps : la prise de décision. Finalement, Pékin Express vous apprend à prendre rapidement de bonnes décisions ?
On n’était pas toujours d’accord sur tout, mais là encore, la communication et l’écoute sont essentielles. Dans « Pékin Express », quand on s’embrouille, on perd du temps, mais avec le stress, c’est compliqué de faire les bons choix. Heureusement, j’ai pu compter sur la prise de recul de mon père, qui avait bien compris que sa fille de 18 ans réalisait son rêve et qu’elle était hyper stressée !

Prendre des décisions, c’est compliqué pour moi. Je suis « Balance », j’ai besoin de peser le pour et le contre de mes choix, alors prendre des décisions rapidement, en plus en situation de stress, c’était un vrai défi pour moi, comme pour mon père. En finale, nous étions bloqués dans les bouchons à Bangkok, et on se regardait sans savoir quoi faire… On descend ? On ne descend pas ? Ça peut paraître anodin mais ce sont tous ces temps d’indécision qui peuvent vous faire gagner ou perdre « Pékin Express ».
Quelles compétences avez-vous développé à l’IÉSEG et qui vous a aidé pendant l’aventure ?
En fait, ce n’est pas tant dans les cours que dans l’esprit de l’École que j’ai puisé beaucoup de choses. Ce goût pour l’international, cette volonté de nous ouvrir et nous préparer à rencontrer des cultures différentes, savoir se faire comprendre par les autres…
Dans « Pékin Express », tout est une question de management et de négociation. Quand on monte dans une voiture et qu’on dit au chauffeur : « Allez, juste 5 minutes et quelques kilomètres », bien sûr qu’on n’a aucune envie qu’il ne nous garde que 5 minutes et qu’il nous emmène le plus loin possible ! Alors on crée du lien, on échange, et on essaie de le convaincre de nous emmener encore plus loin pour gagner.
Grâce à « Pékin Express », j’ai appris l’importance du contact, de la communication non verbale. J’adore parler, mais je comprends beaucoup mieux maintenant l’importance des présentations orales en groupe. Bien se tenir, faire les bons gestes, savoir poser son regard, maîtriser son langage corporel, c’est tellement important. Stéphane ROTTENBERG nous expliquait, une fois, pourquoi certains binômes étaient plus forts que d’autres en stop. Il a compris simplement en les observant faire : tout se jouait dans le regard. Maintenant, je sais que, dans ma vie professionnelle demain, quand je vais devoir négocier avec un Directeur, un client, un fournisseur… la posture et le regard seront tout aussi importants que le contenu de mon discours.
Qu’est-ce que « Pékin Express » vous a appris sur vous ?

Je dirais, en premier, que je ne pensais pas que j’avais autant de détermination en moi. Ma détermination, c’est une flamme que j’ai eu tout au long de l’aventure. Quand j’ai un but qui me tient particulièrement à cœur, je suis vraiment prête à tout, dans le respect des règles, pour y arriver.
Ensuite, j’ai découvert que ma plus grande ennemie, c’est moi-même. Je suis très compétitrice envers moi-même : si demain on me demande de faire une course face à quelqu’un, cela ne me motivera pas. Pour que j’avance dans la vie, il faut que je me fixe des objectifs ambitieux. Demain, dans ma vie professionnelle, il me faudra des objectifs qui me tiennent à cœur, dans un secteur ou un environnement que j’aime, car je sais que je suis capable de me donner à fond quand je suis dans ces conditions.
Est-ce que Pékin Express a changé ce que vous aviez envie de faire plus tard ?
Aujourd’hui, je ne sais pas encore dans quel secteur travailler, vers quel métier me diriger… mais j’ai à peine 19 ans, je ne suis qu’en 2ème année ! Par contre, après avoir fait « Pékin Express », je sais maintenant que je veux travailler pour quelque chose qui a du sens. Une institution qui partage les valeurs que je défends, et qui me permettra d’être au contact des autres.
Comment « Pékin Express » a changé votre vision sur notre société ?

Cette aventure m’a énormément fait réfléchir sur notre manière de vivre, sur notre manière de consommer, aussi. On ne revient pas indemne de « Pékin Express », après après avoir rencontré toutes ces personnes qui vivent dans le dénuement extrême.
J’ai été élevé avec des valeurs fortes autour de la famille, l’importance des liens à tisser entre nous. Je n’ai jamais été très matérialiste, mais aujourd’hui je le suis encore moins ! Surtout, je ne pensais pas que l’amour qu’on peut avoir, qu’on donne et qu’on reçoit, pouvait créer autant de bonheur. Avant, je me disais : « L’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue énormément ! ». Aujourd’hui, après avoir vu ces familles, je me rends compte que l’amour peut vraiment faire le bonheur des autres.
Enfin, « Pékin Express » m’a fait réaliser que le seul objectif qui vaille vraiment la peine, dans la vie, c’est de vivre heureux. Je vais préférer faire un métier moins bien payé mais dans lequel je m’épanouis, que l’inverse.
Enfin, quel conseil donneriez-vous à un étudiant qui aurait peur de se lancer ?
Osez ! C’est difficile, bien sûr, mais si on n’ose pas, on n’aura jamais rien dans la vie. Pour nous, ça a marché bien au-delà de ce qu’on aurait pu espérer, mais même si on n’avait pas gagné, cela aurait été pareil ! Même si on n’avait fait qu’une étape, même si on n’avait fait que les entretiens à Paris, nous aurions déjà vécu une superbe aventure.
Pour vivre ces moments si intenses de satisfaction, de bonheur pur, il faut sortir de sa zone de confort et se dépasser. On est encore jeune, on est étudiant, on n’a pas vraiment de contraintes – pas encore de famille à charge, pas encore de métier… Alors qu’est-ce qui nous empêche d’oser réaliser les rêves qui sont au plus profond de nous ?
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