Retour

Chloé BESSON brise les tabous sur la santé sexuelle avec “Let’s Talk About Sex”

Née en Chine et élevée en Thaïlande, Chloé BESSON a grandi dans un environnement multiculturel qui a influencé son parcours et ses engagements. Aujourd’hui étudiante en dernière année de cycle Master à l’IÉSEG, elle s’intéresse très tôt aux sujets d’égalité et d’impact social, qu’elle approfondit notamment à travers un diplôme en santé sexuelle à la Sorbonne. En fondant sa start-up “Let’s Talk About Sex”, elle cherche à rendre l’éducation à la santé sexuelle plus accessible et à libérer la parole sur des sujets encore tabous aujourd’hui.

Pourrais-tu nous parler de ton engagement et d’où il te vient ? 

Tout au long de mes études, j’ai travaillé dans des structures engagées, à forte dimension RSE, dans des entreprises à mission et des ONG. J’ai toujours été animée par des convictions féministes et humanistes. Pour moi, il est inconcevable de ne pas allier ambition professionnelle, passion et engagement.

Je pense que ça vient de plusieurs choses. Déjà, du fait d’être une femme et d’avoir été confrontée assez tôt à certaines inégalités. J’étais une petite fille qui parlait fort, qui prenait de la place, qui aimait donner ses idées, et parfois je ne comprenais pas pourquoi ce n’était pas bien perçu. Ça m’a vraiment donné envie de comprendre ces mécanismes. 

Le fait d’avoir grandi à l’étranger a aussi joué, notamment dans des pays où les droits des femmes sont plus en recul. J’ai aussi été entourée de femmes très inspirantes, qui ont nourri ces convictions.

Comment est née l’idée de Let’s Talk About Sex ? 

La plateforme est née d’une conviction personnelle forte. En essayant de comprendre certains problèmes de société, j’en revenais toujours à la même cause, un manque d’éducation. Je suis convaincue que la discussion et l’éducation créent du progrès social. Échanger, ça permet et de faire évoluer les choses. D’où le nom Let’s Talk About Sex : parler, c’est la première étape. Mettre des mots sur les sujets, ça leur permet d’exister.

J’ai grandi dans une famille d’entrepreneurs et entrepreneuses, notamment dans la tech, donc j’ai toujours vu l’innovation comme un moyen de faire les choses différemment et de proposer des solutions concrètes. 

Quelle problématique voulais-tu résoudre ? 

La problématique principale, c’est l’accès à l’éducation en santé sexuelle. Aujourd’hui, il existe des ressources, et les jeunes ont envie de comprendre. Mais il manque un pont entre les deux. Les solutions existantes sont encore assez limitées, parfois peu inclusives, et elles reproduisent souvent des biais sociaux. L’idée de Let’s Talk about Sex est de rendre cela plus accessible, inclusif, confidentiel et vraiment adapté aux besoins réels. 

Comment as-tu réussi à lancer ce projet ? 

Mon expérience personnelle et mon parcours académique m’ont ouvert beaucoup d’opportunités. J’ai participé à pas mal de concours, ce qui m’a permis de présenter le projet, d’avoir des retours, d’échanger avec des professionnel.les, mais aussi d’accéder à des financements et à des accompagnements, notamment de l’incubateur IÉSEG, et de structures comme Empow’Her, EllesEnsemble (PULSE), La Social Cup, SexTech For Good, Impulse, ChangeNOW…

On a aussi obtenu des fonds européens pour développer la solution. La motivation et l’envie de faire bouger les choses ont aussi beaucoup aidé. Une fois qu’on a les premiers résultats, on s’accroche et on essaie de faire grandir le projet.

Quelles ont été les grandes étapes de votre développement ? 

La première étape, ça a été de comprendre la problématique. Ce que j’ai fait à travers mon mémoire à l’IÉSEG, où j’ai réalisé un état des lieux des solutions existantes et des besoins des jeunes, un travail pour lequel j’ai été récompensée du prix ICOR. Ensuite, j’ai voulu me former davantage, d’où mon diplôme en santé sexuelle à la Sorbonne, qui m’a aussi permis d’avoir accès à un réseau de professionnels. 

Après, on a développé un premier prototype avec des profils tech, notamment des étudiant.es. C’était important pour moi de travailler avec des personnes qui comprenaient les enjeux. On a ensuite testé la solution au sein de l’IÉSEG, notre première école partenaire, grâce à laquelle on a pu avoir des retours concrets et améliorer la plateforme. 

Concrètement, que propose la plateforme Let’s Talk About Sex aujourd’hui ? 

Aujourd’hui, on propose une solution hybride. On organise des ateliers dans les établissements d’enseignement supérieur, et on a aussi une plateforme en ligne avec un chatbot et des ressources éducatives. 

Le chatbot permet de poser n’importe quelle question, à n’importe quel moment, de manière totalement confidentielle. On ne collecte aucune donnée personnelle, seulement les questions. Et il s’appuie sur des bases de données fiables, notamment médicales et juridiques. On met aussi à disposition des ressources éducatives, avec un blog, des thématiques spécifiques, et des questions fréquemment posées. Enfin, on est en train de développer une offre pour les entreprises, avec des outils qu’elles pourront intégrer directement dans leurs propres plateformes. 

Quels ont été les principaux défis que tu as rencontrés ? 

Déjà, le fait d’être une femme, jeune, et de travailler sur des sujets encore tabous. Ce n’est pas toujours simple de se faire entendre. Il y a aussi la question des financements car tout le monde ne perçoit pas immédiatement l’importance de ces sujets. Enfin, il y a la gestion du temps et des priorités, surtout dans un projet à impact. 

Ce n’est pas toujours simple de gérer à la fois mes études, l’entrepreneuriat et mon engagement. Ça demande beaucoup d’organisation, d’anticipation et de priorisation. Mais en même temps, être étudiante est un vrai avantage, parce qu’on a accès à énormément de dispositifs d’accompagnement, d’incubation et de financement. 

En quoi l’IÉSEG t’a aidé dans ton projet entrepreneurial ? 

L’IÉSEG m’a énormément aidée, notamment grâce aux opportunités professionnelles, au Master en Entrepreneuriat et à l’incubateur. J’ai aussi été très accompagnée par des professeur.es engagé.es, qui ont pris le temps de faire des retours constructifs et de suivre le projet. Et plus globalement, l’École m’a appris une chose essentielle : savoir trouver des solutions quand on est face à un problème. 

Un conseil pour les étudiant.es qui souhaiteraient entreprendre ? 

Le plus important, c’est de faire. Il faut avancer étape par étape, découper son projet en petites actions, prioriser… et surtout ne pas attendre que tout soit parfait. Et aussi, savoir reconnaître ses victoires. On a tendance à surtout voir ce qui ne va pas, alors que c’est important de valoriser ce qu’on a déjà accompli. 

Quelle est la suite pour Let’s Talk About Sex ? 

On est en train de développer une nouvelle version du chatbot pour amplifier notre impact. En parallèle, on veut développer l’offre entreprise et gagner en visibilité pour toucher encore plus de jeunes. 

À long terme, l’objectif c’est vraiment de contribuer à un monde avec moins de tabous, où on peut parler librement de sexualité, et où les questions de consentement, de respect et d’égalité sont mieux comprises par tous et toutes.