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Faculty in the Spotlight : Matthieu BUISINE, professeur de méthodes quantitatives 

Ce mois-ci, rencontre avec Matthieu BUISINE, professeur en méthodes quantitatives à l’IÉSEG, sur le campus de Lille

S’appuyant sur plus de 700 professeurs, dont 200 enseignants-chercheurs permanents, l’IÉSEG propose à ses étudiants une expérience d’apprentissage de grande qualité, reposant sur 4 piliers : un apprentissage actif, interdisciplinaire, centré sur l’acquisition de compétences, proposé à travers des cursus personnalisés. 

Chaque mois, “Faculty in the Spotlight” vous donne rendez-vous avec l’un des professeurs de l’École qui présente sa vision de l’enseignement, ses méthodes pour transmettre son expertise et sa passion aux étudiants et partage ses meilleurs souvenirs et anecdotes à l’IÉSEG. 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Au sortir du lycée, je n’avais pas encore d’idée très claire concernant le métier que je souhaitais faire, mais je savais que je voulais étudier les mathématiques appliquées. J’aimais particulièrement étudier les interactions entre les variables, pour modéliser et prévoir. Je me suis donc dirigé vers la licence d’Econométrie de l’Université de Lille. Puis, je suis parti à Toulouse pour suivre un DEA en Economie Mathématique et Econométrie. A la suite de mes études, j’ai commencé à enseigner des cours en statistiques et économétrie. Ensuite, j’ai été contacté par une entreprise installée à Londres qui offrait des services de consulting à de grands groupes, afin de rejoindre leurs équipes. Cette entreprise était spécialisée dans la veille économique, la collecte, la synthèse et l’analyse d’informations sur les entreprises, dans le domaine du marketing technique. Mon travail était d’analyser et de construire des prévisions pour identifier les variables influentes sur les avis produits, pour détecter les influenceurs sur un marché, pour comprendre pourquoi une personne donnée est sensible à tel produit ou à telle caractéristique d’un produit… et en déduire de quelle manière il est efficace de mettre en avant le produit et sur quel medium. En clair, dans quel journal, en mettant quelle caractéristique en avant, pourquoi et comment. C’était avant tout un travail lié à de la modélisation.  

Quelques années après, l’école cherchait un intervenant en méthodes quantitatives et m’a appelée pour me demander de venir donner des cours à l’IÉSEG. J’ai toujours aimé l’enseignement, donc j’ai accepté. C’était il y a… 20 ans !

Pouvez-vous nous parler de votre domaine d’expertise ?

Actuellement, je conseille plus dans le domaine de l’agro-alimentaire. Le but est de conseiller des grosses PME dans les domaines de l’analyse de données, la maîtrise statistique des procédés, du contrôle qualité ou encore dans les plans d’expérience pour appliquer au mieux les normes. Pour donner un exemple concret : si on dispose de 10 000 briques de lait, et que l’on doit vérifier la qualité des briques : comment s’y prend-t- on ? Combien faut-il en ouvrir, sachant que si on ouvre une brique, on ne peut plus la vendre, mais si on ne l’ouvre pas, on n’en contrôle pas la qualité… Donc, avec la modélisation, nous allons chercher à répondre à des questions telles que : en fonction du risque acceptable et de l’historique de la qualité, combien de briques doit-on ouvrir ? A quelle fréquence ? Dans tous les lots ? etc… afin d’aller au-delà du doute raisonnable. Dans son sens large, mon métier est de modéliser les phénomènes et les comportements et de les prédire. Cela fait appel à de l’économétrie, des statistiques, de l’analyse données ou, puisque c’est à la mode, du « machine learning ». Globalement, on parle de méthodes quantitatives. Un autre exemple concret, totalement différent, illustrant ce phénomène : si l’on me demande la couleur qu’il faut choisir pour un site web, entre bleu et rouge, bien que je ne travaille pas dans la communication, je peux proposer une méthode efficace pour collecter des données utilisables et les étudier en éliminant l’impact des variables indésirables afin de conseiller les communicants sur le choix de couleur pour leur site internet. 

Quels cours enseignez-vous à l’IÉSEG et comment le contenu de vos cours a-t-il évolué au fil du temps ?

J’ai donné des cours dans presque tous les domaines des méthodes quantitatives à l’IÉSEG. Que ce soit les mathématiques, les statistiques, l’optimisation, l’analyse de données, l’économétrie, et tous les cours liés aux algorithmes que l’on retrouve notamment dans le Big Data et l’intelligence artificielle. La visibilité du domaine que j’enseigne s’est très fortement développée au cours des dernières années, notamment avec le Big Data et l’intelligence artificielle, qui utilisent des algorithmes que nous nous pouvons souvent comprendre grâce aux méthodes quantitatives. Les cours intègrent de plus en plus ces derniers sujets en allant au fond des choses et en expliquant réellement la logique de l’algorithme caché à l’intérieur. Le but n’est pas de montrer comment cliquer mais de faire comprendre les contraintes et les avantages de chaque méthode.

De quelle manière êtes-vous impliqué dans la vie de l’École, en dehors de l’enseignement ? 

Au-delà de mon rôle d’enseignant, j’ai été co-responsable de la filière « méthodes quantitatives » pendant huit ans. Désormais, je suis Chief Data Officer pour l’IÉSEG. Globalement, je mets en place des processus pour collecter, stocker, gérer, optimiser, organiser et analyser les données au sein de l’École. Je travaille en collaboration avec tous les services et en particulier la DOSI. 

Quelle méthode d’enseignement adoptez-vous en classe ? 

J’ai une approche très pragmatique. C’est-à-dire que je commence toujours par montrer l’utilisation concrète qui peut être faite de la matière enseignée, dans un contexte d’entreprise. Je pense qu’il est fondamental que les étudiants comprennent pourquoi ils apprennent quelque chose, et à quoi cela pourra réellement leur servir dans leur vie professionnelle. Sinon, ils n’y voient pas forcément l’intérêt et ont plus de mal à rester motivés tout au long du semestre. Partant de là, les cours sont adaptés pour minimiser le temps passé à calculer « à la main », afin d’aller plus vers l’interprétation des résultats, en utilisant des logiciels ou des outils spécifiques. Par exemple, dans le cours de 3ème semestre de Bachelor, les étudiants ne font pas un seul calcul à la main. Tout est géré par ordinateur, afin de leur permettre de se concentrer sur l’essentiel : quelle méthode utiliser et quand ? de quelle manière l’utiliser ? dans quel but ? comment les interpréter ? quel est son impact réel dans les choix des entreprises ?

Afin d’optimiser le temps passé en classe, j’ai enregistré pour différentes cours environ 250 vidéos, allant chacune d’une minute à 30 minutes, afin que les étudiants puissent les regarder avant de venir en cours. Ces vidéos complémentent le cours et apportent des éléments d’apprentissage :  des approfondissements sur un sujet, des exemples concrets ou des applications pratiques. Cela permet aux étudiants d’apporter leurs questions directement en classe et de se concentrer sur le cœur du sujet. Leur compréhension du sujet est d’autant plus aboutie.  

Comment appréciez-vous la dimension internationale de l’École dans votre quotidien ?

J’ai été exposé à la dimension internationale dans le monde académique pour la première fois pendant ma 5ème année d’études, puis, j’ai connu la dimension internationale dans le monde professionnel en travaillant pour des entreprises étrangères. J’ai toujours apprécié rencontrer et collaborer avec des personnes d’autres cultures, car cela signifie être confronté à d’autres approches intellectuelles et manières de penser. Je trouve cela particulièrement enrichissant.  

Grâce à sa diversité culturelle, notamment au sein du corps professoral, l’IÉSEG facilite et incite même à la rencontre avec d’autres cultures, et c’est un avantage. Dans mon cas, comme je participe à un grand nombre d’études de marché, l’ouverture au monde est essentielle afin de minimiser les biais d’analyse et donc les erreurs. Pour donner un exemple caricatural : un client français dans une chaîne hôtelière n’aura pas les mêmes attentes qu’un client japonais. Si on leur demande à tous les deux de remplir un questionnaire de satisfaction sans prendre en compte cette dimension internationale dans l’analyse des résultats, on aboutira à de graves erreurs d’interprétation puisque chaque culture n’exprime pas sa satisfaction ou son mécontentement de la même manière. 

Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans le métier de professeur ? 

Selon moi, le travail d’un professeur ne se limite pas à donner cours, le cours n’est qu’un moyen de transmettre un savoir, une information. J’aime particulièrement la liberté pédagogique, le fait de pouvoir utiliser différentes approches en fonction du contexte et de la problématique abordée. Par exemple, dans les programmes de niveau master, l’enseignement est fortement basé sur les études de cas. Alors qu’en cycle Bachelor, le cours est plus « standard » puisqu’il s’agit d’amener l’étudiant à bien maîtriser les bases fondamentales d’une matière. 

Comment l’École a-t-elle évolué depuis votre arrivée il y a 20 ans ? 

Il y a eu une évolution extrêmement importante au niveau de l’enseignement, dans le sens où les cours d’il y a 20 ans s’apparentaient plus à des cours « classiques », comme ceux donnés à l’université, dans de grands amphis. Maintenant, ils sont beaucoup plus interactifs, et l’organisation est radicalement différente. Nous sommes notamment passés à la semestrialisation des cours, et avons adopté des projets interdisciplinaires pour que les étudiants saisissent bien l’interconnexion entre les matières. Autre point notable, les outils informatiques sont désormais omniprésents. 

Une anecdote à nous raconter avec vos étudiants ?

Les étudiants ont toujours été très positifs avec moi, et j’ai des tonnes d’anecdotes à vrai dire. L’une d’entre elles qui m’a beaucoup marqué et amusé est qu’après mon mariage, des étudiants s’étaient organisé en secret pour apporter du riz pour m’en recouvrir à la fin du cours ! 

D’autre part, les étudiants (et moi-même d’ailleurs) pensent que j’ai un sens de l’humour… qui laisse à désirer. Et bien, certains groupes d’étudiants en ont fait un livre d’or où ils ont inscrit toutes mes blagues au fil de l’année, et qu’ils m’ont remis à la fin de celle-ci ! C’était à la fois surprenant et très drôle. J’ai beaucoup de bons souvenirs avec mes étudiants globalement.